La guerre commerciale a été ravivée par Donald Trump qui a fixé à l’Europe (et au Mexique) une nouvelle date butoir. Les entreprises s’interrogent. Mais les marchés se montrent encore résolument confiants.
Trump ne desserre pas l'étreinte
L’Europe n’échappera pas aux foudres du Président américain. Récemment, des rumeurs faisaient état de la signature imminente d’un accord entre le Vieux Continent et les Etats-Unis (limitation des droits de douane additionnels à +10%), ce qui permettait, par exemple, au CAC40 de repartir à l’assaut des 7 800 pts grâce aux valeurs exportatrices.
Mais cette belle certitude s’est heurtée au mur de la réalité, lequel a pris la forme d’une missive agressive adressée le samedi 12 juillet par Donald Trump aux autorités européennes, les informant de la mise en place de droits de douane relevés de +30% au 1er août 2025.
La réaction des marchés est toutefois restée limitée, l’indice parisien se contentant de céder -0,27% lundi 14 juillet à la clôture.
Ainsi, les investisseurs veulent encore y croire et semblent considérer que le nouveau coup de force du Président américain relève de sa stratégie de négociation. Ils n’oublient pas non plus que Donald Trump est passé maître dans l’art de la reculade. Il est vrai qu’après la date limite du 7 avril, puis celle du 8 juillet et enfin celle du 1er août, nouvellement annoncée,
le temps joue pour eux.
Reste à savoir si les pays européens, qui tirent chacun dans leur propre direction pour préserver leurs avantages comparatifs, parviendront à parler d’une seule et même voix. Et à hausser le ton (ce qu’ils ont été bien incapables de faire, jusqu’à maintenant). Pour enfin à se faire entendre.
Sur les marchés et dans une vision à court terme, l’incertitude des premiers jours a presque totalement disparu : les opérateurs jugent qu’un accord entérinant un surcoût « acceptable » pour les entreprises exportant vers les Etats-Unis va être trouvé, très prochainement.
Les entreprises s'interrogent
Du côté des entreprises américaines comme européennes en revanche, l’incertitude se fait plus palpable. Et ce depuis plusieurs mois maintenant. Ici aussi, l’espoir est de voir Donald Trump mettre de l’eau dans son whisky. Ce qui permettrait d’éviter des mesures de rétorsion de la part de Bruxelles et donc une escalade mortifère.
Mais quoi qu’il en soit, elles savent très bien qu’elles vont devoir évoluer dans un monde nouveau et moins favorable aux échanges commerciaux. La question qu’elles se posent tient en quelques mots : faut-il répercuter ce surcoût sur leurs clients ou bien rogner sur leurs marges (la seconde option semble devoir être privilégiée, pour l’instant) ?
La question ne se pose toutefois pas dans les mêmes termes si le surcoût reste « limité » ou si, au contraire, il venait à s’envoler. L’incertitude est là. Et il n’est pas sûr que la saison des résultats qui va tout juste débuter permette d’y voir plus clair.
Trimestrielles : de "bonnes" nouvelles attendues ?
Dans ce contexte et comme déjà évoqué, les publications trimestrielles des entreprises vont cette année prendre une importance toute particulière. Beaucoup d’investisseurs vont essayer d’y voir les premières conséquences de l’offensive commerciale trumpienne.
De fait, les attentes en termes de résultats ont été sabrées sur les derniers mois. Peut-être trop, d’ailleurs, si bien que la peur d’une déception généralisée pourrait finalement donner lieu à une heureuse surprise, la barre ayant été mise « trop bas » (+4,9% pour les bénéfices par action aux Etats-Unis).
Surprise toute relative s’entend, mais les marchés savent souvent se contenter de peu. Et dans le scénario actuel auquel ils veulent croire (le fameux « alignement des planètes »), gageons que cela sera le cas, une fois encore.
Les prévisions seront évidemment regardées de très près. Mais là encore, que peuvent faire des états-majors face à des décisions étatiques imprévisibles ? Réduire leurs attentes par précaution, ou faire le dos rond ?
Si la seconde option l’emporte (ce qui nous semble devoir être le cas), les craintes des investisseurs pourraient donc s’estomper. Peut-on s’attendre, dès lors, à une poursuite de la hausse ? Certains y croient résolument : Bank of America a actualisé son objectif de fin d’année de 5 600 pts à 6 300 pts pour le S&P500. De son côté, Goldman Sachs est passé de 6 100 pts à 6 600 pts…
La Fed y voit-elle plus clair ?
Alors que l’indice large américain a déjà repris +29% sur son point bas du 7 avril, ce scénario « haussier » repose sur une autre hypothèse qui pourrait s’avérer finalement fragile, à savoir celle d’une première et rapide baisse de taux à l’initiative de la Réserve fédérale.
Juillet semble être un peu tôt, mais les espoirs du marché se focalisent en septembre, sans doute avec un geste à hauteur de -25 pdb.
Reste que dans le cadre de la succession de Jerome Powell (que l’équipe de Donald Trump espère pouvoir faire partir plus tôt, sans que l’on sache bien comment…), des dissensions « bien intentionnées » sont apparues au sein de l’institution.
Le Président de la Fed va-t-il lâcher du lest ? Ou continuer à évoquer conjointement la résistance de la 1ère économie mondiale et l’incertitude créée par la politique commerciale américaine pour patienter davantage ?
Il conviendra de garder un œil sur les chiffres de l’inflation – quasi-stables depuis plusieurs mois –, publiés au cours des prochaines semaines.
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