L’effort de réduction des déficits ne peut être repoussé une nouvelle fois. Une nouvelle vacance gouvernementale porte en elle les germes d’une crise financière. Le risque d’un dérapage existe.
Crise politique et décote du marché français
Depuis la dissolution (ratée) de juin 2024, la Bourse française souffre d’une décote par rapport à ses pairs. Son indice de référence, le CAC40, fait ainsi moins bien que celui de l’Allemagne (à comparer alors avec la performance du CAC40 dividendes réinvestis), de l’Italie ou de l’Espagne.
Nous y sommes revenus, il n’y a pas si longtemps (voir PU #3115 / page 4) et écrivions alors : « cette situation va durer, car les raisons de ce désamour ne disparaîtront pas de sitôt ».
Depuis, le gouvernement de Michel Barnier a été renversé et François Bayrou nommé Premier ministre par le Président de la République, charge à lui de composer avec une dégradation des comptes publics plus importantes que prévu et d’établir un projet de budget en conséquence. L’effort de 44 Mds € annoncé en juillet a provoqué une levée de boucliers de la part de l’opposition et le vote du budget devenait alors presque impossible. François Bayrou a donc décidé de solliciter la confiance du Parlement portant sur la situation budgétaire. Ce vote interviendra lundi 8 septembre et, sauf surprise, ne sera pas à l’avantage du Premier ministre compte tenu de l’arithmétique parlementaire.
Ce dernier devrait, en toute vraisemblance, présenter sa démission à Emmanuel Macron. Le Président de la République annoncera-t-il alors une dissolution de l’assemblée, avec le risque de faire disparaître son camp de l’échiquier politique, à en juger par les derniers sondages ? Va-t-il nommer un Premier ministre compatible avec le PS, quitte à faire des concessions à un parti dont le programme s’est clairement radicalisé ? Choisira-t-il de mettre sur pied un gouvernement « technique » et ainsi tourner le dos aux partis, à l’image de ce qui a été fait en Italie avec Mario Draghi ?
Les analystes politiques – dont nous ne sommes pas – se perdent en conjectures. De nouvelles « surprises » ne sont évidemment pas à exclure.
Crise politique et déjà financière
Voilà pour le versant politique de cette crise. Laquelle illustre tout à la fois l’éparpillement actuel de l’électorat, le renoncement à tout effort (sauf pour les autres), l’absence de compréhension de la situation et partant, l’adhésion à des solutions « miracles » qui n’en sont pas et n’en seront jamais.
Cet aveuglement semble toutefois moins prégnant qu’il y a encore quelques mois. Les interventions de François Bayrou ne sont pas passées inaperçues. Mais surtout, ce sont les marchés – et en premier lieu celui de la dette – qui risquent de sonner la fin de la récréation.
En Bourse, l’annonce surprise du Premier ministre a provoqué un net recul du CAC40, ramenant l’indice dans la zone des 7 700 pts (contre 8 000 pts le 22 août). Certains secteurs ont été plus touchés que d’autres (nous y revenons en page 11 du PU #3157).
L’incertitude actuelle ne devrait pas permettre à la Bourse parisienne de sortir de l’enlisement avant plusieurs semaines ou mois. Et les investisseurs risquent de réagir à toute annonce politique laissant supposer que la réduction des déficits est ajournée, retardée ou amoindrie.
La corrélation du marché avec l’évolution du spread (écart de taux) entre l’OAT française à 10 ans et son pendant allemand (Bund) va devenir plus serrée encore. Un écart plus important (il est remonté à près de 80 points de base) rendra par ailleurs l’équation budgétaire française plus difficile encore. D’autant que l’Allemagne va solliciter les marchés dans le cadre de son plan de relance à 500 Mds €.
La prime de risque attachée à la dette française – qui existait déjà avant la dissolution – risque de s’accroître encore. Alors que les trois agences de notation (Fitch, Standard & Poor’s et Moody’s) devraient, en toute logique, décider de déclasser notre pays au cours des prochaines semaines, le risque d’un dérapage est réel.
Un scénario à la grecque ?
La France n’est pas la Grèce. Mais cela ne doit pas conduire à une sous-estimation du risque actuel.
Si le prochain gouvernement venait à renier les engagements pris en matière de réduction des déficits, nous pourrions assister à une panique sur le marché obligataire (forte baisse du prix des obligations émises, forte hausse des rendements exigés pour les nouvelles obligations).
Rappelons que les seuls intérêts de la dette – sur les niveaux actuels – devraient dépasser 75 Mds € au titre de l’année 2026. Et qu’une envolée des taux consécutive à la perte de réputation de la France ferait s’envoler ce montant.
Dans un pays où le poids des impôts est le plus haut au monde (ce qui n’était clairement pas le cas de la Grèce), actionner ce levier – celui de la facilité – risque de peser très vite sur l’activité. Une taxation accrue des ménages et des grandes entreprises (voir les chiffres éloquents concernant Eiffage en page 3 du PU #3157) réduira le potentiel de croissance en comprimant la consommation et l’investissement, tout en faisant augmenter le chômage. La marge est étroite et un dérapage ne saurait être exclu a priori.
Le petit jeu politique doit cesser. Ceux qui veulent garder les mains propres seront comptables de la situation à venir. S’il convient cette fois encore de ne pas paniquer, quelques mesures de précautions doivent être prises. Nous y revenons en page 11 du PU #3157.
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