France : l’économie au ralenti

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Depuis la dissolution, l’économie française est à l’arrêt. Alors que Fitch a dégradé la note du pays, l’Insee a révisé en hausse sa prévision de PIB.

Une dégradation attendue et sans véritable effet

Le verdict est donc tombé vendredi soir. Fitch a abaissé la note de dette publique de « AA- » (qualité élevée) à « A+ » (qualité moyenne supérieure). Moody’s sera amenée à se prononcer le 24 octobre, puis S&P Global Ratings fermera le bal le 28 novembre. En toute logique, ces deux agences devraient à leur tour abaisser la note de crédit de l’Hexagone.

Fitch a pris acte de la paralysie politique qui touche le pays, laquelle rend difficilement envisageable tout plan ambitieux visant à réduire le déficit. Après être ressorti à 5,8% du PIB en 2024, il devrait atteindre 5,4% cette année, même si beaucoup d’économistes s’attendent à un résultat encore plus mauvais. Fitch estime par ailleurs que la baisse du déficit à 3% du PIB en 2029, promise par la France à ses partenaires européens, est très improbable.

Selon Natixis, le niveau de déficit permettant de stabiliser la dette se situe autour de 2,8% du PIB. En tout état de cause, l’endettement du pays va donc continuer de croître (fin mars, il atteignait 3 345 Mds €).

Sur le marché de la dette, cette décision attendue n’a pas provoqué d’importantes tensions. L’OAT à 10 ans s’échange désormais dans la zone des 3,50%, en deçà du niveau atteint début septembre, immédiatement après l’annonce surprise de François Bayrou concernant le vote de confiance. Le spread (écart de taux) entre le 10 ans français et son pendant allemand (Bund) reste quant à lui élevé et de l’ordre de 80 points de base. Fitch entérine donc ce que les marchés avaient déjà intégré de longue date.

Mais de nouvelles tensions ne peuvent être exclues.

Consommation et investissements en berne

En effet, si le nouveau Premier ministre échoue à convaincre les différentes forces parlementaires de la nécessité d’un compromis sur le budget 2026, le Président de la République n’aura plus d’autre choix que de dissoudre l’Assemblée nationale et donc de convoquer de nouvelles élections législatives. Ce qui renforcerait l’incertitude actuelle, laquelle pénalise d’ores et déjà l’activité dans notre pays.

De la même manière que la France s’éloigne de la tendance à l’œuvre en Europe sur le sujet de la dette, elle reste à l’écart de l’embellie économique qui y est observée, même si celle-ci reste timide. Plombées par l’incertitude ainsi que la crainte d’une hausse du chômage (la peur à ce sujet est à un plus haut de 10 ans) et d’une baisse du pouvoir d’achat, les ménages réduisent leurs dépenses de consommation. Et ce en dépit d’un net assagissement de l’inflation (+0,9% en glissement annuel). Les ventes de détail sur un an s’inscrivent ainsi en recul de -1,9%, contre +2,2% à l’échelle de la zone euro. Et la confiance du consommateur se replie, mois après mois depuis février, pour ressortir nettement en deçà de sa moyenne de longue période.

Les ménages repoussent leurs achats et économisent : leur taux d’épargne ressortait à 18,9% de leur revenu disponible en juin, du jamais-vu depuis 45 ans. Côté entreprises, la situation s’avère également difficile. Là encore, l’incertitude paralyse les dirigeants qui redoutent des hausses d’impôts et préfèrent dès lors repousser certains projets et investissements.

Le début de réindustrialisation observé chez nos principaux voisins n’est pas de mise ici. L’indice PMI des directeurs d’achats, à forte portée prédictive, reste ainsi en zone de contraction dans sa version composite (49,8). Et l’indice du climat des affaires de poursuivre sa glissade (96,4 pts).

Une prévision optimiste de l'Insee

Dans un tel environnement, la dernière estimation de prévision du PIB fournie par l’Insee paraît étonnamment optimiste. Pour l’organisme public, la croissance devrait ressortir à +0,8% en 2025 (+1,4% en 2024), au lieu de +0,6% anticipé avant l’été. L’Insee conserve toutefois une approche particulièrement prudente, comme l’indique sans équivoque le titre de sa note : « Pas de confiance, un peu de croissance ».

Cette légère amélioration prévisionnelle ne s’explique pas par un réveil du tissu économique, « mais essentiellement parce que quelques branches maintiennent l’activité à flot (tourisme, aéronautique, agriculture) », précise l’Insee.

Le climat économique reste morose en France. Et il serait déplacé de se féliciter d’une croissance de +0,8% sur l’année. Dans les faits, le pays est à l’arrêt. Et ce depuis la dissolution de juin 2024. Pour que les acteurs économiques retrouvent confiance, la stabilité politique est nécessaire. Nous en sommes loin et la situation pourrait empirer si aucun compromis n’est trouvé sur le budget. Ou si le gouvernement choisit de privilégier les hausses d’impôts.

L’actualité politique est à suivre de très près. En cas d’impasse, les tensions sur les taux pourraient s’exprimer plus fortement. Et le marché boursier français d’accroître sa décote.

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