Le dollar est mal orienté pour de multiples raisons. La politique de Donald Trump en est une. L’action de la Fed en est une autre. La dédollarisation doit être prise en compte dans la gestion de vos portefeuilles.
Déficit américain : Trump va encore reculer
Depuis quelques semaines, la frénésie dépensière de Donald Trump inquiète les investisseurs obligataires. Le Président américain avait promis des coupures budgétaires massives. Il compte finalement poursuivre la politique de déficits adoptée par ses prédécesseurs.
Pour autant, la cote d’alerte étant déjà atteinte sur les marchés obligataires, avec par exemple un taux à 10 ans proche de 4,60%, l’administration Trump va devoir faire quelques concessions pour calmer les tensions.
Le parallèle avec les droits douaniers et les marchés actions est évident. Ces renoncements auront aussi pour objectif de faciliter un plus grand interventionnisme de la Réserve fédérale.
Notez à cet égard qu’en dépit des outrances verbales de Donald Trump, l’institution dirigée par Jerome Powell a commencé à intervenir en coulisses pour acheter jusqu’à 50 Mds $ d’obligations souveraines. Pour faire reculer les taux longs, nous ne voyons d’ailleurs pas comment la Fed pourra faire l’économie d’une reprise de son programme d’assouplissement quantitatif visant à racheter le trop-plein d’obligations émises sur les marchés.
La dédollarisation va se poursuivre
L’endettement croissant des Etats-Unis et une nouvelle hausse du bilan de la Fed auront pour effet de peser sur le dollar. Or, ce dernier est déjà affecté par l’usage qui en est fait en tant qu’arme. Le cas de la Russie est symptomatique.
L’Amérique et ses alliés ont utilisé le dollar pour imposer à Moscou de lourdes sanctions et saisir ses actifs à l’étranger. Cela a fait réaliser à un certain nombre de pays, en tête desquels la Chine, qu’ils étaient beaucoup trop exposés au billet vert. D’où les nombreux et réguliers achats d’or réalisés par les banques centrales des pays émergents.
Parallèlement, la nouvelle administration Trump a contribué à éroder la confiance envers les Etats-Unis. Or, la valeur d’une devise est essentiellement basée sur la réputation que nous voulons bien lui accorder. Si l’émetteur de cette monnaie change les règles à sa guise et l’utilise pour sanctionner les Etats et les entreprises qui lui déplaisent, la confiance s’érode.
C’est ce qui conduit à une dédollarisation de l’économie mondiale, un mouvement de fond qui s’accélère désormais au rythme des « désalliances » décidées par Washington.
Vers un réveil des actions internationales ?
En tant qu’investisseur européen, un repli durable du dollar constitue un risque évident : si vous gagnez +30% sur le marché américain au cours d’une période donnée, mais que vous enregistrez un effet de change négatif de -25%, votre performance finale n’est plus que +5%.
C’est bien maigre pour le risque pris. Et cela pourrait inciter les investisseurs internationaux à se mettre en quête de poches de sous-valorisation hors du marché américain.
A multiples reprises, nous sommes revenus sur l’actuelle sur-pondération des actions américaines dans l’indice MSCI Monde. Et sur la décote historique affichée par les titres européens, chinois et émergents. Il manquait un élément pour véritablement déclencher un rattrapage. Or, il se pourrait bien qu’en optant pour un étrange mélange d’isolationnisme, d’agressivité commerciale et d’instabilité politique, l’administration Trump en vienne à favoriser le réveil des actifs financiers non-américains.
Il s’agit bien évidemment là d’un élément à prendre en considération dans notre stratégie d’investissement. Ainsi, investir outre-Atlantique pour aller chercher des secteurs de croissance (notamment dans la technologie) qui n’existent pas ailleurs reste cohérent. Investir massivement et sans distinction sectorielle sur le S&P500 constituerait en revanche une grave erreur.
Autre conséquence de la dédollarisation : les matières premières vont devenir de plus en plus stratégiques et moins présentes dans les échanges internationaux. Ce qui ne peut que faire croître leur prix. Là encore, cet élément doit être pris en compte. Point positif : le secteur se paie encore avec une décote…
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