Les rendements obligataires se maintiennent sur des niveaux élevés en dépit du ralentissement économique et de la désinflation. L’accumulation des déficits publics explique ce phénomène.
Depuis que Donald Trump a remporté l’élection présidentielle aux Etats-Unis, les rendements obligataires américains ont progressé, passant de 4,30% à 4,55% à l’heure où nous écrivons ces lignes. Ils demeurent ainsi à quelques 40 pts de base de leurs plus hauts des 18 dernières années.
Dans le même temps, les taux européens sont également orientés à la hausse. Le Bund allemand est, par exemple, passé de 2,35% à 2,64%, en ayant touché un pic à 2,90% en mars dernier. Sur ce dernier niveau, le loyer de l’argent a inscrit un sommet de 14 ans.
Comment expliquer une telle dynamique ?
Croissance, inflation : pas d'alerte notable
En 2022, les taux avaient fortement progressé après 35 ans de déclin quasiment ininterrompu. Un krach obligataire avait pris forme, les investisseurs cherchant à se débarrasser, dans la panique, de leurs obligations à faible rendement (voire à taux nuls). Ce mouvement constituait alors une réaction somme toute logique face à l’envolée de l’inflation. Après avoir excessivement appuyé sur l’accélérateur pour soutenir la croissance économique, les autorités monétaires devaient se résoudre à freiner brutalement en réduisant l’accès aux liquidités.
Aujourd’hui, la situation est différente : la croissance est au ralenti (on craint même une récession outre-Atlantique), tandis que l’inflation a chuté. Celle-ci tourne autour de +2,8% aux Etats-Unis et s’apprête à passer sous les +2% en zone euro.
Bref, sur les niveaux actuels, ni la croissance, ni l’inflation ne justifie de voir les taux obligataires progresser.
Le déficit américain est-il hors de contrôle ?
D’où vient alors le problème ? Nous pourrions citer l’impact inflationniste des droits de douane. Mais l’administration Trump est largement revenue en arrière sur ce front. A tel point qu’il pourrait ne rien en rester d’ici quelques mois. En réalité, le problème semble tout simplement venir des déficits.
Sous Biden, l’Amérique n’a jamais enregistré un déficit budgétaire annuel inférieur à 5,4% du Produit intérieur brut (PIB). Et il faut remonter à 2016 pour retrouver un déficit inférieur à 3%.
Mais alors que Donald Trump avait dit vouloir couper massivement dans les dépenses fédérales pour réduire la dette et faire baisser le loyer de l’argent, il apparaît que son action politique s’est traduite par une nouvelle hausse des dépenses depuis le début de l’année en dépit de la création du sulfureux et médiatique DOGE (Department of Government Efficiency).
Sur un an, à fin mars, les recettes avaient ainsi progressé de +3% quand les dépenses s’envolaient de +10% pour un déficit en hausse de +23% ! Dans le même temps, le Président américain dit vouloir accroître le montant des baisses d’impôts décidées lors de son premier mandat. Or, sans un recul des dépenses, cela signifie plus de déficit…
Trop de dette, peu d'acheteurs
L’agressivité de l’administration Trump vis-à-vis de ses partenaires commerciaux a par ailleurs envenimé la situation. La confiance des créanciers de l’Amérique a été sapée par un discours « baissier » sur le dollar, entretenant l’insécurité. Ce qui a incité certains acheteurs de titres obligataires américains à aller voir ailleurs (Cf. la montée de l’or…).
Parallèlement, l’Allemagne a annoncé vouloir adopter une politique budgétaire moins rigoureuse. Bref, Berlin va créer du déficit et de la dette, ce qui va accroître la quantité d’émissions obligataires sur les marchés. La hausse des dépenses européennes dans le domaine de la défense est également perçue comme une source de déséquilibre.
Face à cette montagne de dettes, les investisseurs réclament une rémunération plus élevée que par un passé récent. Et les taux montent…
Quelles solutions pour faire baisser les taux ?
Pour éviter un dérapage des rendements obligataires, et si la croissance comme l’inflation restent orientées à la baisse, les banques centrales agiront probablement sur les taux longs en relançant l’expansion de leurs bilans (assouplissement quantitatif). Mais cela aura pour conséquence d’entretenir une inflation durablement plus élevée.
Les Etats, Amérique en tête, pourraient de leur côté revoir leur stratégie et s’engager dans la réduction de leurs déficits. L’effet récessif serait toutefois inévitable à court terme. Peu de politiques auront donc le courage de passer à l’acte.
Enfin, il est possible d’aller recruter de nouveaux créanciers. C’est ce que fait Donald Trump avec les pays du Golfe qu’ils souhaitent voir recycler leurs dollars dans la dette américaine pour compenser la moindre appétence de la Chine et du Japon.
Incapables de réduire leurs dépenses et leurs déficits, les Etats dispendieux se doivent de choyer leurs créanciers. Donald Trump, qui s’est donné pour objectif de faire reculer le loyer de l’argent aux Etats-Unis, a oublié ce précepte et en paie le prix.
Quoi qu’il en soit, nous ne pensons pas que les taux puissent aller beaucoup plus haut sans provoquer un net ralentissement, lequel ouvrira la voie à un nouvel interventionnisme des banques centrales. La Fed a d’ailleurs annoncé vouloir mener des ajustements dans sa politique monétaire. Elle pourrait se montrer plus souple quant à son objectif de +2% d’inflation, ce qui lui donnerait une plus grande marge de manœuvre dans le contexte actuel.
Dès lors, nous conservons l’ETF XTracker USD Corporate Bond Hedged dans les Favorites afin de le travailler dans la durée.
Et nous garderons, comme nous l’avons fait depuis plusieurs années, une exposition significative à l’or et aux valeurs aurifères.
Pour le marché actions, une nouvelle hausse du bilan des banques centrales américaine et européenne constituera un soutien. S’il intervient suffisamment tôt.
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