Les indices boursiers ont fortement rebondi après la marche arrière opérée par Donald Trump sur les droits de douane. Pour autant, ce choc va avoir des répercussions sur l’économie. Les statistiques vont en témoigner.
L’état de santé de la 1ère économie mondiale et donc les statistiques en rendant compte ont un impact certain sur l’évolution des marchés boursiers mondiaux. Ce n’est donc pas un choix éditorial d’évoquer tel ou tel chiffre américain dans nos colonnes : ces statistiques reflètent l’évolution de l’activité et demeurent indépassables.
D’ailleurs, l’omniprésence de Donald Trump ne change rien à la donne. Au contraire. Car les mesures et déclarations du Président américain depuis plus d’un mois ont des conséquences sur les choix des acteurs économiques. Lesquels se traduiront en chiffres, chiffres que devront « digérer » les marchés et qui auront, eux-mêmes, un impact certain sur la politique suivie par la nouvelle administration américaine comme sur celle de la Réserve fédérale.
Plus que jamais, nous allons devoir regarder de très près les statistiques à venir. Et parmi celles-ci, les suivantes, sur lesquelles nous avons fait le choix de revenir de manière, nous l’espérons, didactique.
Le Produit intérieur brut
Egal à la somme des valeurs ajoutées des entreprises présentes sur le territoire américain, le Produit intérieur brut (PIB) traduit l’évolution de l’activité. La variation du PIB trimestriel est publiée en rythme annualisé afin de faciliter l’analyse de la tendance économique. Le terme employé est GDP (Gross domestic product) qui est la traduction littérale de PIB.
Cette statistique est toujours regardée de près. Et elle le sera d’autant plus – pour ce qui concerne le 2ème trimestre 2025 – au regard du choc négatif créé par Donald Trump début avril. Il ne faut pas croire que celui-ci est resté circonscrit aux seuls marchés financiers. Nombre de projets d’investissement ont été gelés. Et le sont encore, face à l’incertitude.
Rappelons en effet que le Président américain a essentiellement repoussé dans le temps la mise en place des tarifs douaniers additionnels.
L’économie américaine s’est contractée de -0,3% sur un an au 1er trimestre 2025, pénalisée par la hausse des importations (hausse des stocks avant la hausse des tarifs douaniers).
Un nouveau chiffre négatif sur la période allant d’avril à juin ferait entrer les Etat-Unis en récession dite « technique » (deux trimestres consécutifs de contraction de l’activité).
L'inflation
L’indice des prix à la consommation « CPI » (Consumer Price Index) constitue unes des mesures de référence de l’inflation aux Etats-Unis. Il est calculé chaque mois à partir de l’évolution d’un panier de biens et services (hors technologie). Le « CPI core rate », appelé indice sous-jacent, est l’indicateur privilégié par les économistes. Il est établi en excluant les produits pétroliers et les biens alimentaires dont les prix sont trop volatils.
Le « PPI » mesure quant à lui la variation des prix des biens vendus par les entreprises du secteur manufacturier. Il s’agit d’un indicateur-clé de l’inflation des prix à la consommation qui représente la majeure partie de l’inflation globale.
La Fed porte sa préférence sur l’indice d’inflation dit « PCE » (Personal Consumption Expenditures). Il s’agit cette fois d’un indicateur de l’augmentation moyenne des prix pour l’ensemble de la consommation personnelle intérieure.
La politique économique promue par Donald Trump risque de faire basculer les Etats-Unis en récession. Et dans le même temps, elle devrait accroître l’inflation via le renchérissement des biens importés.
La hausse actuelle des droits de douane de +10% déjà mise en œuvre et considérée par l’administration américaine comme un préalable indépassable) va avoir des conséquences et risque de contraindre la Réserve fédérale dans ses ambitions en termes de baisse de taux.
Toutefois, l’institution a laissé entendre qu’elle pourrait relever son objectif initial d’inflation, lequel est actuellement à +2% par an. Récemment, l’inflation a ralenti outre-Atlantique (+2,3% sur 12 mois pour le CPI). Mais nombre d’économistes estiment qu’elle devrait repartir à la hausse.
Ainsi, l’enquête de confiance de l’Université du Michigan a fait état d’anticipations d’inflation au plus haut depuis 1981, à +7,3% (ces données ont cependant été compilées avant le virage du 7 avril).
Rien n’est joué toutefois compte tenu de la baisse des prix de l’énergie et du ralentissement de la hausse des salaires observée depuis peu.
L'emploi
Chaque premier vendredi du mois, le Département du Travail publie les toujours très attendus chiffres de l’emploi. La statistique « non-farm payrolls » compile les créations d’emplois du secteur non-agricole.
Dans le même temps, le niveau de salaire et le taux de chômage sont rendus publics. Ce dernier est exprimé en pourcentage de la population active. L’évolution de cet indicateur n’est pas toujours révélatrice de la tendance fournie par le chiffre des créations/destructions d’emplois pour des raisons de méthodologie.
Chaque mois également, l’institut ADP fournit un chiffre sur les créations d’emplois du secteur privé. Il existe souvent d’importantes divergences avec les données fournies par le Département de l’Emploi.
Dans le contexte actuel, les chiffres mensuels de l’emploi ont une portée prédictive pour ce qui concerne l’état de santé de l’économie américaine et de son hypothétique retournement vers une situation récessive.
Pour l’heure, l’emploi résiste particulièrement bien, même si les chiffres passés ont été revus à la baisse de manière significative. Le taux de chômage s’est stabilisé à 4,2%.
La consommation
Plusieurs statistiques sont ici à observer de près. Tout d’abord, les indicateurs de confiance du consommateur et principalement celui publié par l’Université du Michigan, lequel évalue le niveau relatif des conditions économiques actuelles et futures.
La variation de la valeur totale des ventes au détail, ajustée à l’inflation, est également à considérer. Il s’agit d’un indicateur de premier plan de l’état des dépenses de consommation qui représentent la majeure partie de l’activité économique globale (environ 70% du PIB).
Attendues en hausse de +0,3%, les ventes au détail aux Etats-Unis, hors automobile, n’ont finalement progressé que de +0,1% en avril. Un chiffre vu comme décevant.
Dans le même temps, la confiance du consommateur est tombée à son plus bas niveau sur trois années. Ce qui témoigne de la morosité ambiante.
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