L’offre d’investissements dans le non coté à destination des particuliers ne cesse de s’enrichir et de se démocratiser. Une diversification dans le non coté peut avoir du sens. Mais encore faut-il être conscient du fonctionnement de ce secteur.
Depuis plusieurs mois, l’offre d’investissements dans le non coté à destination des particuliers ne cesse de s’enrichir et de se démocratiser. Tout récemment, le courtier Trade Republic en est même arrivé à développer une offre de private equity accessible à partir de seulement 1 €.
Le phénomène n’est pas français : partout, le non coté se développe grâce à un assouplissement de la réglementation. Les Etats estiment en effet qu’ils doivent canaliser l’épargne nationale vers les entreprises et l’économie locale. Cette orientation est perçue comme stratégique dans un environnement où le nationalisme économique est de mise.
Dans le même temps, les fonds de private equity y voient une aubaine pour améliorer la liquidité d’un secteur qui a souffert de la hausse des taux d’intérêt. Et les intermédiaires financiers espèrent saisir une part des frais prélevés sur ce type de placements pour soutenir leurs marges.
De leur côté, les entreprises ont vu leurs capacités de financement se réduire à mesure que la pression réglementaire empêchait les banques de leur prêter. L’arrivée de fonds à leur capital ou en tant que prêteurs constitue pour elles une opportunité.
Et pour un particulier ? Une diversification dans le non coté peut avoir du sens. Mais encore faut-il être conscient du fonctionnement de ce secteur.
Quel est le principe du non coté ?
Le non coté regroupe les investissements réalisés dans des entreprises dont le capital ou la dette ne sont pas accessibles sur les marchés financiers. On y trouve ainsi :
- le private equity qui consiste à prendre des participations au capital de ces entreprises
- la dette privée qui revient à prêter directement à des sociétés, sans passer par les banques, en échange d’un rendement dont le niveau va dépendre du risque de faillite, de la durée de l’emprunt et de la conjoncture
- les infrastructures qui sont des actifs physiques, parfois régulés, essentiels au fonctionnement d’une économie (transport, énergie, télécoms…) et qui génèrent des flux de trésorerie stables, souvent indexés sur l’inflation
- les fonds immobiliers (comme les SCPI) et des FCPR spécialisés sur les terres agricoles ou les forêts.
Le non coté n'est pas un bloc homogène
Tout ne se vaut toutefois pas. Il existe par exemple plusieurs segments dans le domaine du private equity pour des degrés de risque (et donc de potentiel de rendement) très variés :
- le capital-risque (venture capital) vise à financer des startsups en forte croissance. Le taux d’échec sur les investissements réalisés est très élevé, mais le retour en cas de succès peut être très significatif. Ce type de placement est réservé aux investisseurs disposant d’un capital conséquent et pouvant subir de lourdes pertes
- le capital-développement (growth capital) accompagne des entreprises rentables qui abordent une nouvelle phase d’expansion. Le risque est moins important pour un retour qui peut être compris entre +10% et +20%
- le capital transmission (Buyout/LBO) a pour objectif de racheter une société mature en levant de la dette (il y a donc un effet de levier)
- le capital retournement (turnaround) cherche à acquérir une participation dans une entreprise en difficulté dans le but de la restructurer, de la redresser et de la revendre avec un bénéfice.
En général, les fonds sont spécialisés sur un segment. Il existe néanmoins des fonds de fonds (qui investissent dans plusieurs fonds spécialisés) et quelques grands acteurs généralistes (EQT, KKR, Ardian…) qui couvrent plusieurs stratégies via des équipes dédiées à chaque segment. Mais la dispersion de performance entre les fonds est énorme. Sur un même millésime, les meilleurs peuvent délivrer un retour deux à trois fois plus élevé que la moyenne, tandis que les plus mauvais auront détruit de la valeur. Il est courant de dire que le choix du gérant compte bien plus que le « timing » de marché.
L'absence de liquidités est un prix à payer
Avant d’inclure du non coté dans votre patrimoine, il est essentiel de comprendre ces différences. De manière générale, il convient par ailleurs d’être prudent avec les fonds grand public ouverts sans discontinuer à la souscription (evergreen), sous la forme de fonds de fonds. Ces derniers risquent en effet d’être utilisés par les sociétés de gestion pour souscrire à des fonds peinant à lever des capitaux. Difficile d’ailleurs de suivre une stratégie cohérente quand les investisseurs peuvent entrer et sortir à tout bout de champs.
Dès lors, privilégiez les fonds de petite ou moyenne taille créés par des sociétés ayant fait leur preuve dans les phases difficiles et qui imposent des durées de blocage (il s’agit d’un investissement de long terme !). Et évitez les poids lourds qui proposent du private equity sans jamais évoquer les entreprises sélectionnées. Un vrai fonds non coté doit vous expliquer sa stratégie, ses investissements, ses objectifs et en assurer le suivi. Commercialiser du non coté parce que c’est du non coté n’a aucun sens. Méfiance, donc.
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