La Réserve fédérale, qui semble faire moins de cas de l’inflation pour se préoccuper plus volontiers de l’emploi, a réduit ses taux d’intérêt. Pour les marchés, la donne a toutefois peu évolué.
Un geste attendu
La cause était entendue et le geste très largement anticipé.
C’est ainsi que cette semaine, la Réserve fédérale américaine a baissé ses taux d’intérêt, pour la première fois depuis décembre 2024, pour les ramener dans la fourchette de 4% à 4,25%. Le coût de financement des entreprises va aller dans le même sens, ce qui est donc vu comme un soutien à la croissance, « logiquement » favorable aux actions.
L’assouplissement a été minime (-25 pdb), mais le pivot tant attendu est devenu réalité.
Il est vrai que de manière opportune, plusieurs statistiques récentes témoignaient d’un ralentissement conjoncturel. Et les mauvais chiffres de l’emploi ont eu raison des dernières réticences.
Rappelons que depuis 1977, le mandat de la Fed est double : garantir la stabilité des prix et favoriser le plein-emploi. Tout est donc question de mesure comme d’appréciation, mais la défense de l’emploi l’a ici emporté sur une inflation élevée et persistante, laquelle s’inscrit bien au-delà du taux cible de l’institution.
Suite à cette décision, les investisseurs ont fait la fine bouche (sans pour autant vendre la nouvelle, comme redouté). Car plus que le geste de la banque centrale américaine, très largement attendu répétons-le, ce sont le rythme et le nombre des assouplissements à venir qui importaient véritablement.
Et là, les attentes n’ont pas été totalement comblées…
Des baisses de taux limitées en nombre
Sur ce point en effet, Jerome Powell s’est montré prudent. Comme d’ailleurs les autres membres votants de la Fed, à l’exception notable du nouveau gouverneur Stephen Miran, par ailleurs conseiller économique de Donald Trump. Mais cela n’a sans doute rien à voir…
Ainsi, le fameux dot plot (graphique qui résume les anticipations de taux directeurs des membres de la Réserve fédérale) montre, en moyenne, que seulement trois baisses de taux de -25 pdb sont jugées nécessaires pour parvenir aux objectifs de la Fed. C’est-à-dire deux cette année et une seule en 2026, pour des « Fed funds » ramenés à cet horizon entre 3,25% et 3,50%.
Voilà qui s’est avéré encore trop timoré pour des marchés financiers qui persistent, depuis maintenant 30 ans, à faire des taux bas leur principale boussole.
Moins d'effets attendus pour les droits de douane ?
Historiquement pourtant, une baisse des taux par la Fed, quelle que soit l’ampleur du cycle, est systématiquement synonyme de hausse du S&P500 sur un an. Et il y a de fortes chances que cela soit encore le cas cette fois-ci.
Après quelques hésitations liminaires, Wall Street a d’ailleurs rapidement repris le chemin des records.
Il est vrai que les investisseurs ont bien accueilli la mise à jour, par la Fed, de ses prévisions d’inflation et de croissance. Elle anticipe maintenant une croissance du PIB de +1,6% cette année, de +1,8% en 2027 et +1,9% en 2028 (chiffres relevés de 10 à 20 pdb à chaque fois). L’inflation « core », c’est-à-dire hors alimentation et énergie, est attendue pour sa part à +3,1% (stable), puis +2,6% (+20 pdb) et +2,1% (stable).
En d’autres termes et malgré la crainte que la hausse des droits de douane voulue par Donald Trump ne pèse sur l’activité et relance un peu plus l’inflation, Jerome Powell semble moins inquiet que dans un récent passé. L’impact immédiat des fameux « tariffs » s’est avéré pour l’heure assez faible, mais rien ne dit qu’il en sera de même d’ici quelques mois.
Le risque est désormais minimisé (il est vrai que le Président américain a mis beaucoup d’eau dans son vin), sans pour autant devoir être réduit à zéro.
Ainsi et malgré les préoccupations de la Réserve fédérale concernant l’évolution du PIB et du taux de chômage, les données de l’inflation vont continuer de rythmer la vie des marchés pendant encore de longues semaines et faire (sur)réagir les investisseurs. Et logiquement donc, les anticipations concernant la politique monétaire vont persister – encore et toujours – à écraser tout, ou presque.
De fait, la donne a finalement bien moins évolué que certains voudraient le croire.
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