Depuis quelques semaines, les indices boursiers ne progressent plus. Pire, plusieurs compartiments sont orientés à la baisse. Les hésitations de la Fed ont pesé. Le marché « haussier » est-il à bout, comme certains l’affirment ?
Depuis la deuxième quinzaine du mois d’octobre, les marchés financiers marquent le pas. Qu’il s’agisse du S&P500, de l’Euro Stoxx 50 ou encore du Hang Seng, la performance sur les quatre dernières semaines est nulle.
En Europe, il y a bien eu, la semaine passée, un mouvement de rotation sectorielle vers la « vieille » économie, mais celui-ci est resté trop limité pour permettre aux actions du Vieux Continent de s’émanciper véritablement de Wall Street. De même, les indices chinois, riches en valeurs de croissance, ont buté sur leur récents plus hauts.
Enfin, il convient de noter que le surplace des grandes capitalisations a masqué le mouvement de recul enregistré par le reste de la cote. Ainsi, les petites et moyennes valeurs ont eu tendance à sous-performer. Par exemple, le Russell 2000 et le CAC Mid & Small se replient respectivement de -4% et -2% sur un mois glissant.
Les valeurs de croissance à la peine
Plus largement, tout ce qui est perçu par les investisseurs comme « spéculatif » a été sanctionné.Et le compartiment des valeurs de croissance cotées à New York a plus particulièrement été visé.
Depuis la mi-octobre, les replis de -20% à -40% sont ainsi monnaie courante. On citera pêle-mêle des titres comme CoreWeave, Arista Networks, BWX Tech, AST Spacemobile, Figma, Nuscale Power, SoundHound, Mobileye Global, MP Materials ou Quantumscape…
Peu importe la thématique ou les nouvelles (globalement bonnes), les opérateurs ont vendu en masse. Même un poids lourd comme Oracle a perdu -31% en un mois, revenant ainsi à ses niveaux de juin dernier…
Autre preuve d’une nette décrue de l’appétit pour le risque : le bitcoin a dévissé sous les 100 000 $, effaçant au passage l’ensemble de ses gains enregistrés en 2025.
Les taux ont pesé sur les esprits
Pourquoi un tel courant vendeur ? Selon nous, ce passage à vide est tout simplement lié à un ajustement des anticipations de baisses de taux d’intérêt.
Entre le 17 et le 22 octobre, les rendements obligataires américains à 10 ans évoluaient en effet sur un plus bas de six mois, autour de 3,93%. Puis une nette remontée, vers les 4,15%, a pris forme au lendemain de la réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale. Lors de ce rendez-vous, Jerome Powell a en effet adopté un discours moins accommodant que prévu.
Puis, plusieurs membres de l’institution sont passés dans les media pour affirmer que rien n’était encore entériné sur la prochaine orientation des taux directeurs. Le marché n’a guère apprécié ce narratif, ce qui explique les sorties enregistrées ici et là.
Une économie à deux vitesses
Pour justifier leurs doutes, les membres de la Fed ont évoqué le manque de chiffres macroéconomiques (la faute au shutdown). Il leur sera toutefois difficile de trouver dans les prochaines données une justification à un statu quo sur les taux.
Tout d’abord, le marché de l’emploi montre des signes indéniables de fatigue.
Ensuite, toute une frange de l’économie américaine (secteur manufacturier, consommation, immobilier) reste à l’écart de l’euphorie engendrée par l’Intelligence artificielle (IA).
Sur les niveaux actuels, le loyer de l’argent freine l’activité. D’autant plus que l’inflation a ralenti et devrait encore décélérer, ce qui augmente mécaniquement le niveau des taux réels.
Après avoir mis fin au resserrement quantitatif, la Fed va logiquement devoir céder à l’administration Trump pour relancer la demande. Et la Maison-Blanche va orienter sa politique (notamment budgétaire) de telle sorte que le consommateur-électeur américain ressente une amélioration de sa situation à l’approche des élections de mi-mandat (novembre 2026).
A cet égard, il convient d’ailleurs de souligner la raréfaction des déclarations chocs de Donald Trump et les mesures plus pragmatiques prises récemment (annulation des droits de douane sur certains produits alimentaires, accord avec la Suisse).
Bref, si les investisseurs s’inquiètent, nous tendons à croire que cela ne va pas durer. Le sentiment de marché est très dégradé (voir ci contre), ce qui signifie in fine que le réservoir d’acheteurs est d’autant plus élevé. Cette semaine, Berkshire Hathaway (Warren Buffet) s’est décidé à prendre une participation dans notre Favorite Alphabet (Google). Et Stanley Druckenmiller l’a imité, initiant par ailleurs de nouvelles positions sur ARM et Amazon. Tout cela avant les résultats trimestriels de Nvidia. Ces grands investisseurs ne semblent pas croire que la panne actuelle va durer.
Nous non plus.
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