L’Europe, le droit et les prédateurs

trump poutine xi jinping

Le coup de force américain au Venezuela est la dernière illustration d’une recomposition du monde qui tourne désormais le dos aux standards juridiques ou même moraux hérités de la seconde Guerre mondiale puis de la fin de l’ère soviétique.

La « fin de l’Histoire » censée exprimer la victoire totale de la démocratie libérale a vécu. Les positions des principaux leaders politiques se raidissent, l’illibéralisme progresse et le libre-échange n’est plus perçu comme un horizon bénéfique à tous. Les règles établies, comme celles de l’Organisation du commerce (OMC) ou de l’Organisation des Nations unies (ONU), sont démonétisées et balayées. Tandis que les rapports de force, économiques et militaires, sont présentés comme légitimes, quels qu’en soit le prix. Avec un objectif simple et revendiqué comme tel : dominer l’autre pour ne pas être dominé par lui.

L’heure des prédateurs a sonné. Dans le domaine des ressources énergétiques, minières et technologiques, la guerre est ainsi déclarée depuis plusieurs mois.

Et l’offensive s’avère également territoriale. La Russie s’est attaquée à l’Ukraine. Pékin fourbit ses armes en visant Taïwan. Tandis que l’opération américaine au Venezuela témoigne de la volonté de l’oncle Sam de peser de tout son poids sur le destin de l’Amérique, considérée au sens large. Et Donald Trump d’indiquer vouloir « s’occuper »» du Groenland, possession danoise, d’ici deux mois.

Dans ce monde qui se polarise à nouveau et où la force fait office de valeur cardinale, l’Europe prend position, s’indigne, rappelle le droit et fait office de gardien d’une certaine morale. On peut s’en féliciter, s’en enorgueillir même. Mais on ne peut que constater que la vieille Europe est inaudible. Et qu’elle semble s’accrocher à une idéal qui n’a plus court, sans en prendre la mesure.

Le monde actuel n’est pas un monde de juristes. C’est un monde de blocs, de technologies, d’énergie, de monnaies, d’influence. Et pour peser, il faut être fort, ce que le Vieux continent n’est plus. Le risque est que nous soyons seulement spectateurs de ce mouvement qui redessine le monde. Et peut-être même sa toute prochaine victime.


Copyright (c) Propos Utiles. Tout droit de reproduction interdit.

Découvrez