Les nouvelles priorités de la Chine

chine économie

Le nouveau plan quinquennal témoigne des ambitions de la Chine qui entend faire la course en tête dans le secteur de la technologie. Au plan intérieur, de nouvelles mesures de soutien à la consommation ont été annoncées.

Le comité central du Parti communiste chinois s’est réuni à Pékin pour plancher sur le 15ème plan quinquennal. Ce dernier s’intègre dans une stratégie particulièrement volontaire qui vise à faire du pays la 1ère puissance mondiale en 2049, date de son 100ème anniversaire.

Dans le cadre de ce nouveau plan 2026/2030, l’économie manufacturière qui a fait le succès du pays, plus spécifiquement entre 1990 et 2012, ne constitue plus la priorité de l’ex-Empire du Milieu. L’innovation et l’autonomie technologique l’ont remplacé. C’est en effet dans ce domaine que la puissance d’un Etat est désormais évaluée et le sera d’autant plus demain (les tensions commerciales et politiques entre les Etats-Unis et la Chine en sont l’illustration).

Le nouveau plan quinquennal compte également nombre de réformes globales (plus de 300 mesures sont prévues d’ici 2029) destinées à maintenir un taux de croissance « approprié » du Produit intérieur brut (PIB), en renforçant plus spécifiquement la demande intérieure.

Innovation et autonomie technologique

L’innovation est donc désormais la grande priorité de la nouvelle stratégie chinoise. L’accent mis sur ce qui est nommé « les Nouvelles forces productives de qualité » constitue une véritable rupture.

Si la Chine a montré son potentiel d’innovation en s’imposant dans le domaine des véhicules électriques, des batteries au lithium et dans l’industrie des panneaux photovoltaïques, elle entend faire bien plus. Plus récemment, des start-ups comme DeepSeek ont d’ailleurs attiré l’attention.

L’objectif du 15ème plan n’est pas de mettre le pays à niveau par rapport à certains standards occidentaux (américains, principalement), mais d’en faire le leader mondial de l’Intelligence artificielle (IA), des semi-conducteurs avancés, des nouveaux matériaux, de l’énergie « propre », de l’informatique quantique, de la science du cerveau ou encore de la biologie synthétique.

L’accent est également porté sur le développement scientifique du pays, principalement via l’éducation et la formation.

L’amélioration des capacités tout au long de la chaîne de production reste également une priorité, qui sera notamment réalisée grâce à l’intégration de l’IA dans différents secteurs et à l’aide de subventions comme de partenariats public-privé.

Peser sur les normes internationales

Un autre volet de ce plan s’avère très important : le pays entend en effet « accélérer la promotion des normes chinoises à l’international pour soutenir la modernisation de haute qualité ».

Il s’agit, pour l’Ex-Empire du Milieu, de passer de suiveur (et dépendant des normes américaines et européennes) à acteur de ces normes. Avec pour objectif de remplacer les standards internationaux par les siens et ainsi de mieux contrôler la chaîne de valeur.

C’est là une véritable offensive normative destinée à imposer des normes techniques, réglementaires et industrielles chinoises comme références mondiales, plus particulièrement dans les secteurs stratégiques évoqués ci-dessus.

La consommation, un axe central

Le 15ème plan place la consommation des ménages au cœur de la stratégie dite de « double circulation » (consommation interne et exportations). L’objectif est de faire de la demande intérieure le moteur principal de la croissance, afin de compenser le ralentissement des exportations (principalement lié aux tensions commerciales avec l’Ouest) et la déflation (l’indice des prix a encore reculé de -0,3% sur un an en septembre).

Le retard du pays à ce niveau est important. En effet, la consommation privée comptait pour seulement 40% du PIB en 2024 selon la Banque mondiale, contre 69% aux Etats-Unis et 51% dans l’Union européenne.

Plusieurs mesures concrètes ont été avancées : hausse du salaire minimum, subventions ciblées à l’achat (électroménager, véhicules électriques), développement des services à la personne (garde d’enfant, aide aux personnes âgées), encadrement du crédit revolving, taux préférentiels pour les achats durables ou encore promotion des loisirs (baisse du temps de travail).

La faiblesse de la consommation est liée en grande partie à l’épargne forcée reflétant le manque de protection sociale. C’est ainsi que les « filets » sociaux vont être renforcés (assurance-chômage, retraite minimale). Aucun objectif précis n’est mis en avant concernant la seule consommation privée par rapport au PIB (le pouvoir central chinois lui préfère un autre agrégat), mais l’objectif implicite ressort à environ 45% (+5 pts).

Reste que la crise immobilière pèse lourdement sur le moral des ménages, ce qui les conduit à épargner plutôt que consommer. Le communiqué du 4ème Plénum (23 octobre 2025) insiste sur la stabilisation du secteur dans une approche prudente et décentralisée. L’objectif est de limiter la chute des prix de la pierre (-5% déjà en 2025). Plusieurs mesures ont été adoptées : subventions locales à l’achat, aides aux promoteurs, contrôle des prix ou encore assurance pour les acheteurs.

La stratégie dans la technologie s’avère pertinente. Et ses résultats pourraient surprendre. Selon les économistes, le pays devrait parvenir à stabiliser sa croissance autour de +4%/+5% par an. Le vieillissement de la population, l’endettement des gouvernements locaux, la crise immobilière et les tensions géopolitiques limitent toutefois ses marges de manœuvre. Nous conservons nos positions prises dans les Favorites (ETF Amundi PEA EM Asia / HSBC MSCI China) et les Opportunités (Alibaba).

Copyright Propos Utiles. Tout droit de reproduction interdit.

Découvrez