Après deux années marquées par une inflation historiquement élevée, l’Europe pourrait-elle rebasculer dans l’excès inverse ? La question, encore incongrue il y a quelques mois, commence à s’installer dans le débat économique.
Plusieurs forces structurelles et conjoncturelles convergent en effet pour exercer une pression à la baisse sur les prix.
La première tient à l’essor rapide de l’Intelligence artificielle (IA). En automatisant des pans entiers de la production de biens et de services, l’IA agit comme un puissant facteur de gains de productivité qui se traduisent moins par des hausses de salaires que par une baisse des coûts unitaires.
Deuxième facteur clé : la Chine. Confrontées à une demande intérieure atone, à d’importantes surcapacités industrielles et à des barrières commerciales renforcées aux États-Unis, de nombreuses entreprises chinoises réorientent leurs exportations vers l’Europe en bradant les prix. Ce qui se traduit par une pression concurrentielle accrue sur les producteurs européens et une déflation importée, notamment dans l’industrie, l’électronique ou les biens de consommation courante.
Enfin, en toile de fond, la conjoncture européenne reste structurellement molle, faute de réformes ambitieuses. La croissance potentielle est faible, l’investissement hésitant et la consommation des ménages freinée par l’incertitude et l’érosion ressentie du pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, nombres d’entreprises sont tentées par des stratégies de prix défensives pour préserver leurs volumes. Bref, les astres s’alignent pour une nouvelle séquence déflationniste.
Si le consommateur peut s’en réjouir à court terme, il convient de rappeler que ce phénomène s’accompagne généralement d’un report des achats, d’une baisse des marges, d’un ralentissement de l’investissement et, in fine, d’une fragilisation de l’emploi.
Pour les autorités monétaires, il leur faudrait alors lutter contre un enlisement de l’économie européenne alors que les outils de politique monétaire ont déjà été largement sollicités.
Sacré défi.
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