Plus les marchés financiers montent, plus le terme de bulle refait surface. Les valorisations sont en effet sur des niveaux records. Pour autant, il faudra un choc concret pour mettre un terme au cycle actuel.
Comment a éclaté la bulle technologique de 2000 ?
En dépit de quelques soubresauts, la dynamique des marchés actions reste résolument positive depuis avril dernier. Ce qui fait dire à certains observateurs que la hausse est trop rapide pour être saine et qu’un retournement devient donc imminent.
Le niveau de valorisation à Wall Street inquiète plus particulièrement car il est supérieur à sa moyenne historique. C’est là un constat indéniable.
On pourra objecter que la part des valeurs technologiques (qui ont toujours bénéficié d’une prime pour leur rythme de croissance) étant toujours plus grande dans l’économie et les indices, il est logique que la valorisation moyenne des actions augmente. Mais cela était déjà le cas en 2000, ce qui n’avait pas empêché la bulle technologique d’éclater.
Il convient toutefois de se souvenir pourquoi un krach avait alors pris forme.
Tout d’abord, entre 1999 et 2000, la Réserve fédérale a multiplié les resserrements monétaires pour porter les taux d’intérêt à 6,5% en mai 2000. La volonté du Président de l’institution, Alan Greenspan, était de lutter contre la surchauffe et de renchérir le coût du capital pour calmer les ardeurs des investisseurs (sur les marchés, mais aussi sur le non-coté).
Parallèlement, en mars 2000, plusieurs sociétés emblématiques du secteur technologique comme Amazon annonçaient de mauvais résultats. Les opérateurs finissaient alors par douter du modèle de « croissance à tout prix ». La nouvelle économie était même perçue comme non rentable.
Ces deux éléments ont conjointement contribué à faire éclater la bulle au cours de l’année 2000.
Quelle est la situation actuelle ?
Pour commencer, la Réserve fédérale ne monte pas les taux d’intérêt. Au contraire, elle vient de s’engager dans un cycle d’assouplissement. Le rythme doit encore être défini (nous en saurons plus ce mercredi 29 octobre à l’issue de la réunion de politique monétaire), mais la direction est d’ores et déjà fixée. Une baisse des taux tend à favoriser les actions en soutenant la valorisation des bénéfices futurs. Sur le front monétaire, il n’y a donc pas d’élément déclencheur comme ce fut le cas en 2000.
Et du côté des résultats d’entreprises ? Les récentes publications trimestrielles ne semblent pas devoir constituer un tournant. Alors que 30% des entreprises du S&P500 ont publié, 87% d’entre elles ont battu le consensus de bénéfice par action. C’est 12 pts de mieux que la moyenne des 10 dernières années. Et du jamais-vu depuis le 2ème trimestre 2021.
Pour qu’il y ait un choc susceptible de provoquer un retournement, il faudrait que plusieurs des « 7 Magnifiques » déçoivent et changent de discours sur leurs perspectives. Là encore, nous en saurons plus cette semaine avec les publications de Meta, Microsoft, Alphabet, Apple et Amazon. Mais cela semble peu probable au regard de la dynamique globale.
Et sur le plan macroéconomique ? Selon l’indicateur de la Fed d’Atlanta, la croissance économique actuelle des Etats-Unis ressort à +3,9%. La perspective d’une récession, qui a tant effrayé les investisseurs en avril, s’est donc éloignée.
L'IA, moteur de la croissance... et de la bulle
L’Intelligence artificielle (IA) constitue une révolution, au même titre qu’Internet dans les années 1990. Dans le sillage des investissements réalisés par les géants américains de la tech, les autres entreprises vont suivre.
Selon un sondage Gartner réalisé auprès de 250 multinationales, 83% d’entre elles projettent d’accroître leurs dépenses dans l’IA en 2026 par rapport à 2025. Un nombre croissant d’acteurs, plus petits et plus spécialisés, devraient ainsi profiter de cette demande (voir notre récent achat du titre UiPath). Ce qui répondrait à l’inquiétude actuelle selon laquelle la hausse est centrée sur un nombre trop réduit de valeurs.
Cet élargissement du phénomène devrait alimenter la croissance, mais aussi le gonflement des valorisations.
Pour autant, loin de nous l’idée de croire que « cette fois-ci, c’est différent ». Au contraire. L’IA constitue une telle révolution qu’elle ne peut qu’engendrer une bulle.
Pour autant, identifier cette dernière ne dit rien sur la date à laquelle elle éclatera. Elle pourra encore grossir, jusqu’à ce qu’un élément déclencheur vienne semer le trouble.
Dernièrement, la baisse des réserves détenues par les banques commerciales américaines auprès de la Fed est apparue comme une possible menace. Mais celle-ci est identifiée par la banque centrale qui pourrait réagir en ralentissant la réduction de son bilan, ce qui ajouterait des liquidités.
L’absence d’accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine provoquerait une correction.
De là à faire éclater la bulle ? Nous n’y croyons pas. Non, le tournant devrait venir des profits des entreprises ou des taux (en cas de rebond de l’inflation ?). Or, pour l’heure, l’alerte ne retentit pas.
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