Au krach express intervenu à compter du 3 avril a succédé, quelques jours plus tard, un rebond conduisant le S&P500 à enchaîner neuf jours consécutifs de hausse. A notre sens, ce rebond reste encore fragile.
Un krach suivi d'un rebond spectaculaire
La chute des marchés américains a véritablement débuté le 22 février au lendemain de l’investiture de Donald Trump. Le point bas sur les indices a été touché le 7 avril, date à laquelle le même Donald Trump annonçait reporter de 90 jours la mise en place des droits de douane annoncés en fanfare… cinq jours plus tôt.
Cette reculade – qui ne faisait à notre sens aucun doute – provoquait un emballement « haussier » des indices.
Pour résumer, entre le 22 février et le 7 avril, le S&P500 a corrigé de -22% (et même de -15% sur les trois derniers jours), avant de rebondir de +17% à la date du 2 mai. Un tel accès de volatilité s’avère des plus rares. D’ailleurs, le VIX, le fameux indice de la peur, passait dans le même temps de 20 pts à 50 pts, avant de refluer pour revenir presque à son niveau initial.
Doit-on voir dans ces mouvements contraires un simple épisode de défiance désormais clos ? A notre sens, il convient de rester prudent.
Pourquoi un tel rebond ?
Pour s’en convaincre, il convient de revenir sur les raisons de ce mouvement de rattrapage, lequel a conduit le CAC40 à revenir dans la zone des 7 800 pts, après avoir inscrit un creux près de 1 000 pts plus bas, et le DAX30 allemand à désormais tutoyer son record historique.
La première raison consacre la défaite de Donald Trump. En d’autres termes, les marchés ont compris que l’autoproclamé « roi de la négociation » avait usurpé sa couronne. Celui-ci se fait désormais bien moins va-t-en guerre (commerciale) et préfère évoquer la signature de nombreux et prochains accords bipartites avec les partenaires des Etats-Unis. L’offensive de Trump contre le reste du monde a donc vécu. Reste à trouver au Président américain une porte de sortie honorable (même la Chine s’y emploie…) qu’il pourra présenter comme une victoire éclatante aux électeurs MAGA. D’ailleurs, le locataire de la Maison Blanche évoque désormais plus volontiers les baisses d’impôts promises et sa lutte contre le wokisme et les opiacés.
Sur les sujets plus internationaux, Scott Bessent, son secrétaire au Trésor, a visiblement repris la main. Et la Bourse s’en satisfait.
Dans ce cadre, il existe un phénomène technique propre aux marchés qui conduit toujours à des rebonds spectaculaires : les rachats opérés en toute hâte par les vendeurs à découvert lorsqu’ils comprennent qu’ils vont à l’inverse de la tendance. Leur action provoque alors un emballement « haussier » qui s’autoalimente.
Ne manquerait plus au tableau qu’une baisse des taux de la Réserve fédérale pour parachever ce mouvement ascendant. Certains l’espèrent. Et pas seulement à la tête de l’Etat fédéral.
Une fragilité à ne pas négliger
Certes, Donald Trump a accusé une lourde défaite. Mais il refuse de toute évidence à l’accepter. Il n’a pas été « débranché » et peut dès lors faire encore de nouveaux dégâts. Saura-t-il conserver le (relatif) calme qui est le sien depuis quinze jours ? L’avenir nous le dira. En tous les cas, cette incertitude est à prendre en compte.
Pour s’en convaincre, on notera d’ailleurs que le dollar n’a pas véritablement rebondi face aux autres devises (+2% face à l’euro, après avoir perdu près de -7%). Les T-Notes, à savoir les obligations américaines à 10 ans, ne se sont quant à elles que légèrement détendues (4,33%, contre 4,60% sur leurs récents plus hauts).
Voilà qui contraste avec la hausse des valorisations observée sur les actions (le CCR du S&P500 est revenu à 20 fois les profits estimés pour le S&P500, contre une moyenne historique de 18 fois). Dans le même temps, la crainte d’un ralentissement économique s’avère très présente. De nombreuses statistiques en témoignent déjà (PMI, confiance du consommateur, PIB…), tandis que la Fed a révisé en baisse ses prévisions de croissance pour le pays.
Ainsi, les marchés ont poussé un « ouf » de soulagement, fidèles aux excès dont ils sont coutumiers, mais celui-ci pourrait laisser la place à plus de circonspections. Nous étions globalement acheteurs lorsque le CAC40 oscillait autour des 7 000 pts. Nous ne le sommes plus actuellement.
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