Zoom sur le marché obligataire

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Le marché obligataire mondial est nettement plus vaste que le marché actions. Quelques rappels sur ce sujet, souvent peu évoqué et mal connu par les investisseurs individuels.

Oublié par les investisseurs pendant la période où les taux ont été artificiellement maintenus à zéro, le marché obligataire refait parler de lui. Face à une inflation qui reste durablement élevée, de nombreuses banques centrales (Fed, BCE, Banque du Japon, Banque d’Angleterre…) ont resserré les conditions de crédit, replaçant ce compartiment au centre du jeu.

Alors que le marché des actions est habitué à capter la majeure partie de l’attention médiatique avec une capitalisation boursière mondiale avoisinant les 115 000 Mds $, celui de la dette s’avère plus vaste encore avec un poids total d’environ 155 000 Mds $, en intégrant toutes ses composantes. Il reste pourtant encore souvent méconnu des investisseurs individuels.

Le marché de la dette souveraine

Ce segment – celui des emprunts d’Etats qui, par ce biais, financent leurs investissements (et trop souvent leurs déficits) – pèse environ 45% du marché obligataire mondial. Il constitue le socle du système financier international. En effet, c’est sur la base de l’actif « sans risque » (soit les emprunts à court terme émis par des pays bénéficiant d’une bonne signature financière) que l’ensemble des autres actifs financiers sont valorisés et actualisés.

Avec plus de 30 000 Mds $ de titres négociables détenus par le public, le marché de la dette fédérale américaine (US Treasuries) reste le réservoir de liquidités le plus profond à l’échelle de la planète.

Les obligations souveraines de la zone euro sont, quant à elles, évaluées à près de 12 000 Mds $. Si le Bund allemand reste la référence de la région, tous les pays de la zone euro émettent des obligations. La dynamique des écarts de rendement (spreads) entre le Bund, l’OAT française ou encore le BTP italien est observée de près. Tout élargissement de cet écart (comme observé actuellement entre le Bund et l’OAT) témoigne d’une augmentation du risque budgétaire du pays concerné (la France actuellement).

Le Japon (via les JGBs) pèse environ 10 000 Mds $. La dette publique japonaise présente un profil singulier puisqu’elle est majoritairement détenue par la Banque du Japon et les institutions financières domestiques.

Enfin, la dette souveraine émergente, en forte expansion au cours des dernières années, dépasse 29 000 Mds $ en incluant la Chine, ce seul pays représentant environ la moitié de ce montant.

Le marché de la dette d'entreprise

Le marché des obligations d’entreprises (corporate) constitue un canal essentiel de financement, ou « désintermédié », de l’économie. Ce marché permet aux entreprises d’emprunter directement auprès des investisseurs (institutionnels, fonds, particuliers, etc.) en émettant des titres de dette. Ce segment est divisé en deux entités.

Celle de la dette dite Investment Grade (IG), dont les encours avoisinent les 38 000 Mds $. Ce compartiment regroupe les sociétés dont la notation financière est la plus élevée (voir ci-contre). La dette IG représente plus de 80% du marché des obligations d’entreprises. Celui-ci est dominé par les institutions financières, les grands acteurs de l’énergie, de la technologie et des télécommunications.

L’autre segment est celui du haut rendement, ou High Yield (HY), considéré (à raison) comme spéculatif, lequel pèse près de 7 000 Mds $. Les émetteurs qui la composent sont notés dans le bas du classement établi par les agences spécialisées. Ce marché offre des primes de risque élevées en contrepartie d’un risque de défaut accru. Historiquement dominé par le marché américain des Junk Bonds (obligations « pourries »), le segment européen du High Yield a gagné en maturité et en profondeur au cours de la dernière décennie.

Entre ces deux grandes composantes des obligations d’entreprise se trouve une sorte de zone grise où se côtoient les entreprises les moins bien notées en IG et les mieux notées en HY.

Le marché de la titrisation

Le segment de la titrisation pèse quant à lui près de 13 000 Mds $. Il est principalement constitué des créances hypothécaires (Mortgage Backed Securities) émises ou garanties par les agences américaines. Sont également comptabilisés dans ce segment les titres émis par certains organismes supranationaux (Banque mondiale…) pour un montant global de l’ordre de 5 000 Mds $.

Les agences de notation

Sur le marché obligataire mondial, la valeur d’un titre ne dépend pas seulement de la capacité de l’émetteur à payer ses intérêts, mais repose également sur la confiance que les investisseurs accordent à cette capacité. Au cœur de cette architecture de confiance, se trouvent les agences de notation financière. Ces institutions agissent comme les arbitres de la solvabilité mondiale. Une modification d’un cran dans leurs grilles de notation peut débloquer des milliards de dollars de financements ou, à l’inverse, précipiter une entreprise ou un État dans la crise financière. Trois agences (Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings) contrôlent plus de 85% du marché mondial de la notation financière.

Le lien entre les obligations d'Etat et celles d'entreprises

Le lien entre les obligations d’État (dette souveraine) et les obligations d’entreprises (corporate) est structurel et direct. Sur les marchés financiers, la dette d’État sert de socle de référence et fixe le coût de base du capital à partir duquel toutes les entreprises d’une même zone monétaire empruntent.

Ce lien s’articule autour de trois mécanismes : la prime de risque (une entreprise présente en théorie un risque de défaut supérieur à celui de l’État dans lequel elle opère et ses obligations sont donc mieux rémunérées), la règle du plafond souverain (une entreprise ne peut pas théoriquement emprunter moins cher que le pays où elle a son siège) et l’effet d’éviction (les obligations d’Etat et d’entreprises sont en concurrence pour attirer le capital des investisseurs). Ce dernier phénomène est actuellement très visible alors que l’Intelligence artificielle (IA) affiche d’importants besoins de financement, lesquels sont en partie responsables du renchérissement des rendements obligataires.

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