Taxe Tobin : l’Europe se ment à elle-même

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Bruxelles étudie la création d’une nouvelle taxe qui viendrait s’appliquer sur les transactions en cryptomonnaies, Bitcoin inclus. Celle-ci s’inspirerait directement du mécanisme fiscal imaginé en 1972 par l’économiste keynésien, James Tobin. Désireux de limiter la spéculation et de réduire la volatilité des changes, l’Américain avait alors suggéré de taxer les transactions sur les devises à hauteur de 0,05% à 0,2%.

Il aura fallu attendre la crise financière de 2008 pour que des politiques européens ressortent ce projet des cartons, mais en visant les actions, arguant de la nécessité de faire contribuer le secteur financier au « coût » de la crise et de freiner l’activité des « spéculateurs ». En France, en 2012, Nicolas Sarkozy créait ainsi la taxe sur les transactions financières (TTF) au taux de de 0,1%. Lequel allait ensuite être doublé puis triplé par François Hollande, pour être encore augmenté l’année dernière et ainsi atteindre 0,4%.

Pour quel bilan ? Selon l’Association française des marchés financiers, la TTF a provoqué une baisse des volumes et des cours des titres concernés et une hausse temporaire des fourchettes de cotation, synonyme de détérioration de la liquidité. Elle n’a par ailleurs eu aucun effet sur la volatilité. Quant aux recettes générées, elles plafonnent à 1,5 Md € environ, un montant très inférieur aux attentes et qui représente 0,3% du budget de l’Etat français… Là encore, l’objectif de « faire contribuer le secteur financier » n’a pas été atteint (c’est plutôt l’actionnaire individuel qui trinque).

En dépit de ce bilan en décalage total avec les objectifs affichés, l’Europe envisage donc de soumettre les cryptomonnaies à une forme de TTF. Comme pour la version française, le taux de taxation est annoncé, pour commencer, à 0,1%. Sur cette base, la Commission européenne juge qu’elle fera rentrer 3 Mds € à 4 Mds € dans ses caisses, soit un montant équivalent à 1% de son budget annuel. Et qu’adviendra-t-il, selon vous ? Les recettes seront très nettement inférieures aux attentes, tandis que la volatilité des cryptomonnaies restera ce qu’elle est. Pas grave, le mythe Tobin aura permis d’occuper la bureaucratie bruxelloise.


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