Le contrôle chinois dans les terres rares constitue une menace majeure pour l’Occident. Les entreprises, désireuses de sécuriser leurs approvisionnements, vont devoir rechercher une offre locale.
Lors de l’offensive commerciale de l’administration Trump en avril dernier, Pékin a immédiatement riposté en mettant en place des licences d’exportation pour sept éléments de terres rares (samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutetium, scandium et yttrium).
Et en juillet dernier, sans tambour ni trompette, les autorités chinoises ont décidé d’aller encore plus loin en imposant un système de quotas pour ces mêmes exportations.
Avant d’avertir, en août, les entreprises étrangères que toute tentative d’accroître leurs commandes pour constituer des réserves excessives les exposerait à l’effet inverse, à savoir une réduction de l’offre.
Enfin, cette semaine, des contrôles supplémentaires sur les exportations de terres rares ont été dévoilés.
La Chine dévoile une stratégie très agressive
Tout d’abord, la Chine a ajouté cinq nouveaux éléments de terres rares (holmium, erbium, thulium, europium et ytterbium) à sa liste de ressources naturelles soumises aux contrôles à l’export.
Ensuite, elle a précisé que les technologies, équipements et procédés liés au traitement, au raffinage et au recyclage des terres rares ainsi qu’à l’assemblage, au réglage, à la maintenance et à la mise à niveau des lignes de production seront soumis aux mêmes licences d’exportation.
Selon Pékin, les contrôles s’appliqueront en outre aux produits fabriqués à l’étranger si ces derniers contiennent des terres rares chinoises (au moins 0,1% !) ou s’ils sont produits à partir de technologies et équipements chinois. Alors que les demandes d’exportation liées aux semi-conducteurs, à l’Intelligence artificielle (IA) et aux technologies critiques seront examinées au cas par cas, celles à destination de clients militaires étrangers seront systématiquement refusées.
De multiples secteurs sont exposés
Détentrice d’un quasi-monopole (90%) dans le raffinage des terres rares, la Chine a bel et bien décidé d’utiliser cet avantage comme un outil de pression dans ses négociations commerciales avec les Etats-Unis et l’Europe.
Plusieurs secteurs sont exposés, à commencer par la technologie. Les terres rares sont en effet essentielles pour la fabrication des disques durs, téléphones intelligents, réseaux 5G, semi-conducteurs, circuits imprimés et autres centres de données.
Dans la défense, l’aéronautique et le spatial, elles sont également nécessaires pour les systèmes de guidage, radars, missiles, avions de chasse, drones et satellites.
Dans l’automobile, les moteurs électriques utilisent généralement des aimants à base de néodyme, praséodyme et dysprosium.
Dans l’énergie, les éoliennes, les panneaux solaires et certains systèmes de stockage d’énergie nécessitent des terres rares dans leurs génératrices ou convertisseurs. Même l’industrie nucléaire en consomme. La robotique industrielle, les instruments médicaux ou encore la pétrochimie sont également exposés.
Un secteur stratégique
Les terres rares ne sont pas toujours rares, contrairement à ce que leur nom indique. En revanche, elles ne se trouvent pas concentrées dans des gisements « purs » comme le cuivre ou le fer. Elles sont mélangées entre elles et souvent associées à d’autres minéraux, parfois radioactifs.
Les capacités de raffinage deviennent donc un segment éminemment stratégique pour les entreprises, et donc les Etats, dans un environnement où la demande augmente et où l’offre est concentrée en Chine.
Une flambée aux Etats-Unis, une opportunité en Europe ?
Les investisseurs l’ont bien compris comme le démontre le parcours d’un titre comme MP Materials. Ou la récente flambée de petits producteurs (la plupart du temps en phase de développement) comme Ucore Rare Metals, USA Rare Earth, Trilogy Metals ou Ares Strategic Mining. L’enjeu pour les Etats-Unis comme l’Europe est véritablement de développer et contrôler sa propre chaîne de production.
Sur le Vieux Continent, les groupes miniers ou industriels exposés aux terres rares ou ayant des projets en la matière ne sont pas aussi nombreux, loin de là.
Nous pouvons toutefois mentionner le belge Solvay. Le groupe possède en effet un site à La Rochelle qui fut, à la fin du siècle dernier, le premier au monde pour le raffinage de terres rares. Or, en avril dernier, le chimiste y a inauguré une ligne de production d’oxydes de néodyme et praséodyme utilisés dans les aimants haute performance. Et il a déjà signé des accords d’approvisionnement et de collaboration. A l’horizon 2030, Solvay ambitionne ainsi de capter 30% du marché européen des terres rares pour aimants permanents.
Nous initierons une ligne Solvay (BE0003470755 / SOLB / Bruxelles / PEA) dans les Opportunités (risque élevé) au cours d’ouverture du mercredi 15 octobre et dans la limite de 28 €. Le groupe détient déjà la technologie de traitement des terres rares et devient donc stratégique pour l’Europe. La société, en phase de redressement, affiche en outre une valorisation modérée depuis la scission de Syensqo.
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