Alors que les investisseurs boudaient depuis plusieurs mois le secteur de la pharmacie par crainte de le voir subir des droits de douane prohibitifs, le laboratoire Pfizer a signé avec le gouvernement américain un accord qui change radicalement la donne.
Un accord raisonnable
Tout d’abord, pour répondre aux demandes de l’administration Trump, le groupe pharmaceutique américain s’est engagé à aligner les prix de ses médicaments vendus aux Etats-Unis sur ceux les plus bas des pays de l’OCDE. Cet engagement ne porte toutefois que sur les traitements vendus dans le cadre de Medicaid, le programme d’assurance maladie réservé aux individus et aux familles à faibles revenus et ressources. Or, un laboratoire comme Pfizer génère moins de 5% de ses revenus américains via Medicaid.
L’impact de cette harmonisation, qui ne concerne donc pas les assurances privées, reste extrêmement limité. D’autant plus que certains traitements seront vendus en direct sur la plateforme TrumpRx qui élimine les très gourmands intermédiaires qu’un groupe comme Pfizer se doit normalement de rémunérer.
Le géant américain s’est par ailleurs engagé à lancer ses futurs médicaments innovants aux Etats-Unis au même prix que dans les autres pays de l’OCDE. Cet alignement devrait déboucher sur une baisse globale des prix en Amérique… mais à une hausse concommittante en Europe. « Les Etats-Unis ont fini de subventionner les soins de santé du reste du monde », a ainsi déclaré Donald Trump. Pour rappel, et selon l’institut Rand, les prix des médicaments vendus aux États-Unis sont en moyenne trois fois plus élevés que sur le Vieux Continent, si l’on exclut les remises consenties par les laboratoires.
En contrepartie de ces engagements, Pfizer a obtenu une exemption de droits de douane pendant trois ans sur ses produits fabriqués hors des Etats-Unis.
Le scénario du pire est écarté
Depuis le fameux « Liberation Day », les investisseurs redoutaient que l’administration Trump, sous l’influence de son ministre de la Santé, Robert Kennedy, parti en croisade contre la « Big pharma », n’impose des baisses de prix généralisées ainsi que des tarifs douaniers punitifs.
Sur ce point, il n’en est rien puisque les taxes de 100% annoncées dans un premier temps ne s’appliqueront ni aux laboratoires ayant consenti des investissements aux Etats-Unis, ni à ceux de l’Union européenne.
Mais l’accord avec Pfizer va bien plus loin puisqu’il permet au groupe de lever l’incertitude avec une politique de prix clarifiée, sans impact significatif sur ses revenus.
D'autres accords à venir
Le fait que cet accord soit le fruit d’une négociation contractuelle et volontaire ouvre évidemment la voie à d’autres compromis similaires. Selon Donald Trump, ils ne devraient d’ailleurs pas tarder à être annoncés.
Au-delà du soulagement provoqué par cet accord, il conviendra malgré tout de rester vigilant sur les détails de ces « transactions ». Si l’administration Trump tente d’inclure Medicare, l’assurance maladie réservée aux personnes âgées et aux invalides, la pression tarifaire sera plus forte et l’incertitude plus élevée car on basculerait alors du volontariat au cadre obligatoire, avec de possibles contestations à la clef.
Mais globalement, le secteur dispose d’une excellente base pour satisfaire Washington sans affecter ses perspectives de croissance et de rentabilité.
Une fois de plus, l’administration Trump « aboie » puis négocie. En ce qui concerne la pharmacie, nous n’avons eu de cesse de répéter que les Etats-Unis ne pouvaient se permettre d’appliquer des droits de douane prohibitifs en raison de la dépendance du pays en matière de santé et des promesses de baisses de prix faites par l’administration. Et que le désintérêt des investisseurs était donc excessif.
Un accord gagnant-gagnant semble se dessiner entre Washington et les grands laboratoires.
Nous sommes positionnés sur Sanofi (récemment renforcé sous 82 €) et Roche. Les deux titres ont fortement réagi à la hausse suite à l’accord conclu avec Pfizer. Nous maintenons nos limites sur l’une comme sur l’autre. Nous pourrions par ailleurs nous intéresser aux groupes les mieux positionnés pour profiter des investissements à venir des grands laboratoires aux Etats-Unis, lesquels pourraient se concrétiser rapidement.
Intelligence artificielle : les laboratoires s’organisent
Les laboratoires Bristol Myers Squibb, Takeda Pharmaceuticals et Astex Pharmaceuticals ont annoncé cette semaine rejoindre un consortium réunissant déjà AbbVie et Johnson & Johnson. L’objectif de cette organisation est de réunir les données provenant de plusieurs milliers de structures protéiques et moléculaires déterminées expérimentalement afin de former un modèle d’Intelligence artificielle (IA). Appelé OpenFold3, ce dernier vise à faciliter la découverte et le développement de médicaments. L’un des talons d’Achille de nombreux modèles d’IA en biopharmacie est en effet la difficulté à prédire avec justesse comment une petite molécule se lie à une protéine cible. Le consortium espère donc qu’avec un grand volume de données diversifiées, OpenFold3 sera plus robuste et performant. Point important : les entreprises pharmaceutiques peuvent collaborer sans céder leurs données sensibles. Le modèle de partage fédéré permet en effet l’entraînement collectif d’un modèle, tout en préservant la confidentialité des données internes.
En améliorant la qualité des prédictions en amont, les laboratoires vont pouvoir réduire la phase d’expérimentation (in vitro / in vivo), diminuer les essais infructueux, et raccourcir le temps nécessaire pour identifier des candidats prometteurs. Il s’agit d’une évolution majeure pour le secteur qui va améliorer l’innovation et réduire les coûts. Les groupes seront ainsi plus à même de répondre aux besoins des patients et de se plier aux exigences de prix exprimés par l’administration Trump.
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