Le billet vert a brutalement décroché au cours des dernières semaines. La politique de l’administration Trump explique en grande partie ce mouvement qui a d’importantes conséquences pour les investisseurs.
En novembre dernier, l’élection de Donald Trump avait déclenché une ruée vers les actifs en dollars. Le billet vert avait lui-même bondi face à l’ensemble des devises de la planète. L’idée était que le candidat républicain allait relancer la croissance, mais aussi l’inflation, aux Etats-Unis.
Le « roi dollar » allait ainsi en sortir renforcé. Quatre mois plus tard, l’effet Trump a disparu. Face à l’euro, la devise américaine a retrouvé ses niveaux du 6 novembre. Ce qui paraissait une évidence ne l’est plus aujourd’hui. Pourquoi le billet vert s’est-il retourné ? Quelles seraient les conséquences d’une baisse durable du dollar ? Explications.
Une politique qui fait monter les craintes de récession
La frénésie avec laquelle l’administration Trump applique des droits de douane à tous les partenaires commerciaux des Etats-Unis inquiète. Moins pour son impact inflationniste que pour le frein qu’elle représente au niveau de l’activité économique. Ainsi, le mot en R a fait son retour. JPMorgan et Goldman Sachs ont indiqué avoir relevé la probabilité d’une récession en 2025 en Amérique, respectivement de 30% à 40% et de 15% à 20%. Et Donald Trump lui -même a refusé d’exclure le spectre d’une récession cette année, jugeant que les Etats-Unis traversent « une période de transition ».
La Réserve fédérale va devoir baisser les taux
Le nouveau Secrétaire au Trésor américain est véritablement obsédé par le niveau des taux d’intérêt qu’il juge trop élevé. Pour relancer durablement l’économie américaine, il estime donc nécessaire de faire baisser le prix de l’argent. S’il n’a pas directement la main sur la politique de la Fed (ce qu’il regrette), il pense possible de faire reculer les rendements obligataires en réduisant le déficit et la dette. Ce qui explique l’action menée par Elon Musk à la tête du Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE). Reste que les réductions de coûts et les licenciements sont là aussi perçus comme « récessionnistes » à court terme en réduisant le nombre d’emplois et en pesant sur la confiance des ménages, touchés directement ou indirectement. Finalement, face à ces conséquences, la banque centrale américaine pourrait devoir agir plus volontairement sur les taux d’intérêt directeurs… et satisfaire le bureau ovale. La récente baisse du dollar reflète l’évolution de ces anticipations.
L'Allemagne provoque une envolée des taux européens
De l’autre côté de l’Atlantique, la nouvelle politique économique et internationale de Washington a des conséquences. Alors que l’Allemagne est en panne de croissance, le nouveau gouvernement a décidé de lancer un programme de dépenses d’une ampleur inédite (500 Mds € pour les infrastructures, 500 Mds € pour la défense). Berlin espère notamment réduire sa dépendance aux exportations. Alors que l’Allemagne était reconnue pour sa rigueur budgétaire, une telle annonce, qui va se traduire par plus de déficit et plus de dette, a constitué un tournant sur le marché obligataire. Le 10 ans allemand est rémunéré 2,85%, contre 2% en décembre 2024. Ce qui a entraîné une hausse de l’ensemble des rendements européens ainsi que de l’euro.
Le risque de changes est à prendre en compte
Ce retournement du dollar face à l’euro n’est pas anecdotique pour un investisseur européen. Tout d’abord, vous êtes concerné si vous investissez dans des valeurs américaines. Alors que le S&P500 abandonne -3,51% depuis le début de l’année, sa performance en euros est -7,82%. Ce qui devrait inciter à plus de mesure ceux qui envisageaient d’investir seulement à Wall Street. Oui, il faut ouvrir votre portefeuille à l’international. Nous sommes les premiers à le dire. Mais ouvrir ne signifie pas tomber dans un excès qui vous exposerait totalement aux variations de change. Notez à cet égard que la zone euro offre une diversification internationale sans risque de change…
Ensuite, les entreprises sont également concernées. Un dollar plus faible, et donc un euro plus fort, signifie une moindre compétitivité à l’international et des pertes de change. Le secteur de l’aéronautique et de la défense est le plus exposé. Le luxe est également concerné, de même que l’industrie. Mais les groupes exportateurs ne sont pas les seuls concernés. Un dollar faible conduit par exemple à éloigner les touristes américains. En revanche, un euro fort tend à rendre le pétrole et les matières premières plus abordables. En théorie du moins, car un dollar faible a normalement pour effet de faire grimper le prix de l’or noir comme celui des métaux…
Les investisseurs qui avaient parié sur une hausse du dollar suite à l’élection de Donald Trump ont été pris à revers. Compte tenu de l’imprévisibilité du Président américain, la volatilité va perdurer, sans nul doute. Compte tenu de la dynamique enclenchée, l’euro pourrait encore progresser vers les 1,12 $. Et ce d’autant plus que la BCE a déjà fortement abaissé ses taux, réduisant son potentiel en la matière face la Fed.
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