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Banques : des tests sans valeur (rédigé le 05/11/2014)

Rendre les établissements bancaires plus résistants. Restaurer la confiance des entreprises, des ménages et des investisseurs dans le secteur. Encourager le crédit. Tels étaient les objectifs affichés des tests voulus par les autorités européennes. Le résultat est-il à la hauteur des attentes ? Non.

 

Les cours des banques européennes évoluent encore à des années-lumière de leurs sommets de 2007, en partie parce qu’une minorité seulement d’intervenants croit à leur solidité en cas de crise. S’il s’agissait véritablement de tester leur résistance, il aurait donc fallu dresser un scénario noir, très noir. En clair, si une crise économique semblable à celle de 2008 survenait demain, les banques y survivraient-elles ?

 

Telle est la question qui taraude les investisseurs et les déposants. Or, pour mesurer la solidité des banques, deux scenarii ont été retenus par les autorités européennes. L’un, « de référence », est censé reposer sur l’environnement économique actuel. L’autre, « de crise », table sur la survenance d’une nouvelle catastrophe. Malheureusement, les deux sonnent creux. Selon la première simulation de la Banque centrale européenne (BCE), la croissance de la zone euro sera de 1,2 % cette année. Pourtant, l’Organisation de la Coopération et du Développement économiques (OCDE), réputée pour être généralement optimiste, table sur 0,8 %. La croissance de la France ressort à 1 % dans ce même scénario alors que le gouvernement français ne table plus que sur 0,4 %. Pourquoi un tel décalage ? Parce que le test a été établi en avril quand tout le monde espérait encore une reprise. Depuis, personne n’a pris l’initiative de modifier ces données. L’écart entre les prévisions établies à l’époque et l’actuelle situation économique en dit par ailleurs long sur la capacité des autorités européennes à « prévoir ». Bref, ce scénario de référence n’a aucun intérêt.

 

Les hypothèses retenues dans le cadre du second scénario ne sont guère plus crédibles. Ainsi, la BCE s’est basée sur une récession de 1,4 %. Rappelons tout simplement qu’elle était ressortie à - 4,4 % en 2009. La récession retenue dans la simulation est donc trois fois moins importante. Une nouvelle crise pourrait provoquer un choc sur les taux d’intérêt, ce qui serait préjudiciable aux banques comme aux Etats. Là encore, les autorités y sont allées avec prudence. Selon elles, en cas de crise, les taux portugais ne bondiraient que de 231 pts de base, contre 730 pts en 2009... Et la Bourse ? Nombre de banques européennes sont très actives sur les marchés et sont donc exposées à un retournement ainsi qu’à un regain de volatilité. L’hypothèse de crise se fonde sur un repli des actions européennes de 18,3 % la première année. Et la remontée s’engagerait dès la seconde. Pour ceux qui ont vécu les krachs de 2000 et 2008, il y a vraiment de quoi rire. Rien que cette année, l’indice CAC 40 a encaissé un repli de 17 % par rapport à ses plus hauts.

 

Une autre grande incohérence de ces tests tient dans le traitement accordé aux actifs des banques. La BCE s’est en effet concentrée sur le ratio « core tier 1 », un qualificatif barbare qui mesure la solvabilité d’une banque en faisant le rapport entre ses fonds propres et ses actifs pondérés en fonction de leurs risques (de crédit, de marché ou encore opérationnel). Cette méthode demeure extrêmement subjective car elle suppose qu’il est possible de connaître le risque inhérent à un actif et de l’intégrer dans des calculs. Selon la BCE, le risque des obligations émises par les états européens est si faible que celles-ci peuvent être assimilées à des liquidités. Sur ce point, l’institution se comporte comme si la crise de la dette souveraine européenne n’avait jamais eu lieu. Autre point étonnant : ce sont les banques, à la fois juges et parties, qui ont réalisé les tests et fourni les résultats. Elles ont donc eu tout loisir de sous-estimer le risque de leurs actifs et ainsi d’accroître artificiellement leur ratio « core tier 1 ».

 

Des organismes moins politiques et plus indépendants que la Banque centrale européenne ont réalisé des tests de résistance sur le secteur bancaire en utilisant les bilans publiés fin 2013. L’institut allemand ZEW (Centre pour la recherche européenne en économie) estime ainsi que les établissements du Vieux Continent afficheraient un besoin en capital de 200 Mds € en cas d’un recul de 10 % de la valeur de leurs actifs. Le World Economic Forum, qui s’est notamment basé sur une chute de 40 % des marchés financiers, évoque des besoins en capitaux de 450 Mds €. Les banques françaises seraient plus particulièrement sensibles à un retournement puisque 42 % de cette somme leur serait destiné. L’effet de levier pratiqué par les établissements financiers européens reste en réalité bien trop élevé. Mis à mal sur leur cœur de métier où de nouveaux entrants rognent leurs marges, ils n’ont en réalité d’autres choix que de poursuivre une stratégie risquée pour défendre leur rentabilité. Dans ces conditions, nous restons plus que jamais à l’écart des banques (et des assureurs d’ailleurs). Sachez par ailleurs que de nombreux fonds sont largement investis sur le secteur. Sans le savoir, vous pouvez donc être exposé.


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