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Inflation : quelles conséquences ? (rédigé le 09/06/2011)

Le retour de l’inflation. Nous sommes revenus sur le sujet à plusieurs occasions. Compte tenu des dernières statistiques publiées en Europe, une tension certaine sur les prix est en effet observée. Ainsi en mai, l’indice des prix à la consommation est ressorti à 2,7 %, soit nettement au-dessus du seuil des 2 % considéré comme une limite acceptable par la Banque centrale européenne (BCE). Pour l’heure, cette évolution des prix renvoie à l’appréciation des matières premières, comme le répètent presque unanimement les économistes (souvenez-nous de cette même unanimité lorsqu’ils évoquaient la déflation il y a de cela quelques mois). Il  n’empêche que face aux milliards de liquidités déversées par la Réserve fédérale américaine et la BCE depuis de longues années, le risque d’un dérapage des prix constitue une hypothèse à ne pas mésestimer. Pour l’heure, l’emballement n’est pas de mise alors que les effets de second tour (hausse des salaires destinée à compenser la perte de pouvoir d’achat liée à l’inflation) restent circonscrits. Mais jusqu’à quand ? Dès lors et pour les investisseurs, il convient de se préparer à l’éventualité d’une hausse généralisée et pérenne des prix. L’inflation est l’amie des débiteurs, l’ennemie des épargnants et la mort du rentier, nous dit-on. Tentons dès lors d’analyser comment réagissent les différentes classes d’actifs à un retour marqué de l’inflation.

 

Les obligations

 

Les obligations constituent la classe d’actifs la plus directement menacée par l’inflation. Une hausse généralisée des prix entraîne une tension sur les taux d’intérêt à long terme puisque les investisseurs exigent des rendements plus élevés pour leurs placements obligataires, ce qui entraîne les rendements à la hausse et diminue la valeur nominale des obligations existantes. Et ce plus particulièrement pour les échéances éloignées. Autrement dit, plus la maturité de l’obligation est éloignée, plus la sensibilité à la hausse des taux d’intérêt sera grande. De fait et compte tenu des fondamentaux même du marché (taux historiquement bas) auxquels le contexte inflationniste se doit donc d’être rajouté, il y a un grand risque à investir maintenant sur ce compartiment. Veillez donc à n’y consacrer qu’une part réduite de vos avoirs en privilégiant les obligations indexées sur l’inflation (très peu nombreuses et qui n'offre qu'une protection partielle) et celles à taux variable (ainsi l’obligation perpétuelle Casino qui compte parmi nos Favorites).

 

Les actions

 

Les conséquences de l’inflation sur le compartiment actions sont loin d’être claires. De nombreuses études ont été publiées sur le sujet pour des résultats finalement assez divergents. Pourtant, une hausse durable des prix a un effet sur la rentabilité des actions : le dividende restant à l’identique, la performance réelle (i.e. inflation déduite) d’un placement en action s’étiole en effet à mesure que les prix grimpent. Les entreprises ont de fait tendance à augmenter leurs dividendes afin de lisser cet effet. Sauf qu’elles se montrent déjà généreuses (4 % de rendement anticipé sur les bénéfices réalisés en 2011) et pourraient avoir quelque difficultés à user de cette possibilité. En cas d’inflation significative, il convient également d’établir un distinguo entre les entreprises qui ont été en mesure de répercuter la hausse de leurs coûts dans leurs prix de vente et celles qui n’ont pas pu le faire. Les premières n’auront donc pas trop à en souffrir. Par ailleurs, une hausse généralisée des prix conduit les banques centrales à raréfier le crédit en augmentant les taux d’intérêt. L’accès au financement devient donc dès lors plus difficile. Les sociétés qui doivent engager de lourds investissements et dont les besoins en capital sont importants sont ainsi les plus directement affectées par l’inflation. Par secteur, la chimie, la pharmacie et le luxe disposent d’un levier sur les prix et paraissent donc protégés. Les secteurs dans lesquels les acteurs sont peux nombreux (optique, cosmétiques, tabac) le sont également. à l’inverse, l’automobile (constructeurs comme équipementiers), les télécoms, l’hôtellerie, le transport et les infrastructures sont plus généralement sous pression. En général, il est admis qu’une inflation qui dépasse les 3,5 % de manière durable a un impact négatif sur le compartiment des actions. Nous n’en sommes donc pas encore là.

 

L’or

 

Il est communément admis que l’or constitue un recours contre l’inflation. Et  pourtant, à y regarder de plus près, cette affirmation se doit d’être franchement nuancée. Regardons derrière nous et si le passé ne saurait conditionner le futur, quelques chiffres se doivent d’être rappelés. Aux états-Unis depuis 1982, les prix à la consommation ont doublé tandis que l’or perdait 15 % de son pouvoir d’achat sur cette durée. Dans les périodes où l’inflation a été plus rapide, un phénomène identique était d’ailleurs à l’œuvre. Au milieu des années 1970, une étude du professeur Roy Jastram de l’Université de Berkeley arriva à la conclusion que l’or ne put suivre le coût de la vie durant sept périodes d’inflation au Royaume-Uni, et ce sur une période de plus de trois siècles. L’or profite (et a profité) des taux d’intérêt bas car les rendements offerts par les actifs dits « sans risque » sont (et étaient) ridiculement bas. Cette situation est toutefois amenée à évoluer. La BCE a d’ailleurs déjà commencé à agir en ce sens. Dès lors, c’est à une baisse des cours du métal jaune à laquelle nous devons nous attendre. Finalement donc et dans le contexte du moment et celui à venir, l’or ne constitue en aucun cas un rempart contre l’inflation.

 

L’immobilier locatif

 

Les loyers (tout du moins dans l’Hexagone) ont tendance à suivre la hausse des prix du fait que l’indice de révision de ces mêmes loyers (IRL) est indexé sur la mesure de l’inflation. Reste que des tensions peuvent à terme apparaître compte tenu de l’effet négatif de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages locataires : une hausse des loyers inférieure à celle des prix mais garantissant au propriétaire de louer le bien peut être privilégiée. Par ailleurs et compte tenu des prix actuels, les propriétaires ne devraient plus guère (hypothèse de baisse des prix de l’immobilier) gagner sur les deux tableaux, à savoir la plus-value potentielle et le hausse « mécanique » des loyers.

 

Il n’existe pas de rempart totalement efficace (et accessible) contre l’inflation si celle-ci vient à déraper. En deçà des 3,5 %, il n’y a pas à s’inquiéter outre mesure. Nous nous situons sous ce seuil. Jusqu’à quand ? Nul ne le sait. Nous surveillons de près ce dossier afin de vous conseiller au plus près de vos intérêts.

 

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