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L'Europe est privilégiée par les investisseurs (rédigé le 10/04/2018)

Les marchés ont cédé un terrain significatif  depuis leurs récents sommets, tandis que la volatilité faisait un retour remarqué et, pour notre part, attendu. Les différentes places ont malgré tout reculé dans des proportions biens différentes. L’Europe semble avoir bénéficié d’une prime au détriment des Etats-Unis qui ont été plus lourdement vendus (en Europe, la France, a d’ailleurs plus nettement résisté). Plusieurs séances récentes témoignent de cette dichotomie : Wall Street reculait nettement quand les places boursières du Vieux Continent minimisaient leur repli, quand elles ne progressaient pas.

 

Voilà qui contraste avec le schéma des dernières années, lorsque les indices européens progressaient à un rythme bien inférieur à celui observé outre-Atlantique. Et qui vient contredire l’adage qui veut que lorsque Wall Street éternue, l’Europe s’enrhume. Comment expliquer ce phénomène peu commun au regard de l’histoire des marchés ? Plusieurs éléments de réponse peuvent être apportés. En premier lieu, on relèvera que les indices américains ont récemment chuté dans le sillage des grandes valeurs technologiques. Le «scandale» Facebook, les attaques de Donald Trump contre Amazon, les conséquences sur Intel de la décision d’Apple de fabriquer ses propres micro-processeurs : les nouvelles ont été mauvaises pour les «GAFA» et autres géants de la technologie américaine. Plus généralement, le débat sur l’utilisation des données personnelles des utilisateurs des sites Internet et des réseaux sociaux ont conduit plusieurs analystes à se montrer moins optimistes sur ce compartiment. Or ce n’est un secret pour personne, l’Europe n’a pas été en mesure de faire émerger de tels groupes. Il est donc logique que le Vieux continent n’ait

pas été affecté par ce recul général. 

 

Par ailleurs, la guerre commerciale que semblent devoir se livrer la Chine et les Etats-Unis reste pour l’heure circonscrite à ces deux géants. L’Europe paraît ici aux arrières-postes, même si cela ne durera probablement pas. Mais voilà de nouveau un élément positif pour notre continent. 

 

Comme nous l’avons répété ici même, les niveaux de valorisation atteints par la Bourse américaine étaient, il y a peu, encore très élevés. Et bien supérieurs à ceux des places européennes. Les attentes en termes de résultats dépassaient même l’entendement, au motif que la réforme fiscale voulue par Trump allait gonfler les bénéfices, et plus encore. Un certain scepticisme a pris corps sur ce sujet, empruntant à l’idée, rabattue ici-même, que les arbres ne sauraient monter jusqu’au ciel. Dès lors, dans un contexte plus adverse, les Bourses les plus chèrement valorisées ont «logiquement» cédé plus de terrain que celles qui l’étaient moins. 

 

Enfin, on ne saurait passer sous silence les interrogations qui se manifestent depuis quelques semaines sur la qualité de la croissance mondiale et, partant, de celle de la 1ère puissance. Plusieurs statistiques décevantes ont été publiées outre-Atlantique. Le léger tassement observé est-il le contrecoup de l’emballement des derniers mois ? Ou le mal est-il plus profond ? L’économie mondiale est de toute évidence plus fragile, la faute aux stimuli monétaires. Et si elle a su croître pendant une longue période, la fin des cycles, comme on pouvait parler de la fin de l’Histoire, n’est certainement pas pour demain. La frilosité des investisseurs est d’autant plus exacerbée que les politiques monétaires ont amorcé un changement de cap. Là encore, les Etats-Unis donnent le «la» : outreAtlantique, les injections de liquidités ne sont plus de mise depuis fin 2014, tandis que les taux ont été relevés à quatre reprises. L’Europe n’en est pas là. Et elle fait sans doute office de «refuge» pour les investisseurs désorientés. Pour l’instant, tel est le constat qui peut être établi.