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Stratégie (rédigé le 22/02/2012)

Les analystes de marché, qui avaient fait preuve d’un pessimiste certain dans l’établissement de leurs perspectives pour 2012, changent un à un leur fusil d’épaule. Rothschild évoque un « renversement de la tendance observée en 2011 » (comprendre une hausse des marchés d’actions...), tandis que Carmignac affirme que « l’horizon se dégage ». Ce ne sont là que deux exemples qui témoignent de la meilleure orientation des indices en ce début d’année et du glissement psychologique qui s’opère chez les investisseurs. Une absence de mauvaise nouvelle semble devoir s’apparenter à une bonne nouvelle. Une bonne nouvelle, même anticipée, donne quant à elle lieu à un satisfecit général.

 

D’un point de vue macroéconomique, le risque systémique lié à la crise européenne est aujourd’hui repoussé par une majorité d’intervenants. Plusieurs éléments peuvent de justifier ce point de vue, lequel est malgré tout et à notre avis un peu court. Le changement opéré à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) est ainsi avancé. Depuis sa nomination, Mario Draghi a entamé une baisse des taux directeurs tandis qu’il prêtait dans le même temps pas loin de 500 Mds € aux banques européennes afin d’assurer la liquidité du marché... La prochaine étape est connue et d’ores et déjà anticipée par certains économistes : la BCE monétisera la dette européenne (i.e. elle rachètera les obligations à l’aide de billets fraîchement imprimés ne bénéficiant d’aucune contrepartie). Vous connaissez notre avis sur la question, lequel peut se résumer ainsi : un problème de dette ne saurait être résolu par la création d’une autre dette. Nous reviendrons d’ailleurs sur le sujet très prochainement. Dans le même temps, les craintes faisant état d’un nouvel épisode de ralentissement de l’activité ont perdu en intensité suite à la publication successive de plusieurs statistiques vues comme meilleures qu’attendues. Ainsi, un contexte conjoncturel plus porteur et une attitude plus volontariste de la BCE seraient à même de créer un marché « haussier ». Sur ce point, le doute n’est pas permis. Nous sommes logiquement de cet avis, comme en témoignait d’ailleurs notre point de vue exprimé dans le Spécial Stratégie de début janvier (voir PU n° 2500).

 

Toutefois, cette hypothèse renvoie à un courtermisme certain, courtermisme qui explique à bien des égards la situation qui nous préoccupe depuis maintenant plusieurs années. En repoussant les nécessaires échéances (payer ses dettes, accepter les faillites des états exsangues et des sociétés mal gérées, libérer l’activité, favoriser l’épargne et modifier plus généralement le paradigme étatiste et redistributif), les solutions que certains espèrent voir émerger ne pourront être que transitoires. Il en est ainsi, par exemple, du dossier grec. à en juger par les commentaires des hommes politiques, la situation est désormais assainie et la faillite du pays sera évitée. Pensez donc, en l’espace de vingt mois, la Grèce aura coûté plus de 350 Mds € aux contribuables de l’Union européenne et aux banques, soit autant que la dette de ce pays. L’ardoise est-elle pour autant effacée ? Non. La nouvelle aide décidée le 20 février couvre les huit prochaines années mais ne garantit plus avec certitude l’allègement initialement espéré du fardeau, à savoir une baisse de l’endettement de la Grèce à hauteur de 120 % de son Produit intérieur brut (PIB) à l’horizon... 2020. Les sacrifices du peuple grec (financiers et en perte de souveraineté) risquent donc de n’avoir aucune utilité puisque de solution définitive, il n’est pas question ici. L’annonce de ce plan de la dernière chance (encore un) n’aura d’ailleurs guère convaincu les marchés, comme en témoigne l’évolution des indices le mardi 21 février au matin.

 

La faillite du pays était et reste inévitable. Mais nos dirigeants – à noter sur le sujet l’exception allemande – ne souhaitent pas en entendre parler. Et ainsi de repousser cette échéance pourtant inévitable et probablement positive pour l’Europe et les citoyens grecs (voir ainsi le précédent argentin). Les marchés pourraient donc continuer de progresser, mais probablement à pas comptés. Cette hausse ne saurait en effet être de trop grande ampleur tant que la crise grecque ne sera pas résolue. Voilà l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de nos têtes. Plus que jamais, il conviendra d’œuvrer méthodiquement et de prendre ses bénéfices lorsque cela sera possible.

 

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