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J'ai le sentiment que... (rédigé le 02/02/2011)

La spéculation financière sur les matières premières est actuellement dans le collimateur des pouvoirs publics. Face à la flambée des prix agricoles, le peuple veut en effet un coupable ; les politiques vont donc lui servir sur un plateau. Dans le contexte économique actuel, le coupable idéal est déjà honni par la population : il s’appelle «banque», «financier» ou encore «marché». Il serait idiot de ne pas en profiter en chargeant la barque un peu plus... Mais, ô surprise, une étude menée par Bruxelles a été incapable de conclure à l’existence de liens probants et démontrables entre l’activité des marchés et des produits dérivés et la formation des prix agricoles. Cela a-t-il conduit les politiques à reconsidérer leur position ? Absolument pas. « Nous savons que ces liens existent et nous agirons en conséquence », a ainsi affirmé le Commissaire au marché intérieur, Michel Barnier. Et notre ministre de l’Agriculture d’ajouter : « Il me paraît évident [...] que cette volatilité est accrue par la spéculation financière ». Au diable la démonstration, place donc au savoir inné, au sentiment, voire au « feeling ». Tant pis pour le procès et les preuves, l’échafaud est déjà monté. Faisons vite. Les marchés ont besoin de régulation ? Mais qui régulera les politiques ?

 

A l’heure même où les politiques s’acharnent à dénoncer les effets de la « spéculation » sur les cours des matières premières, les ventes à découvert sur les valeurs financières, interdites au plus fort de la crise (le 19 septembre 2008 pour être exact), sont de nouveau autorisées sur la place parisienne depuis le 1er février. Rappelons que le mécanisme de la vente à découvert consiste à emprunter un actif dont on pense que le prix va baisser pour le vendre puis le racheter, à un prix inférieur si possible. Voici deux ans, les responsables européens – les Français en tête – avaient le « sentiment » qu’un lien existait entre la hausse de la volatilité et les ventes à découvert. Sans attendre les conclusions des études lancées sur le sujet, ils avaient pris la liberté d’interdire les ventes à découvert, plus ou moins largement. Par la suite, tous les rapports publics ou privés avaient conclu à l’utilité des ventes à découvert. En juin dernier, nous citions notamment celle menée par Veljko Fotak et intitulée « Naked Short Selling : The Emperor’s New Clothes ? ». Elle soulignait la chose suivante : la vente à découvert, « loin d’être une pratique ‘maléfique’, est bénéfique. Elle apporte en effet de la liquidité et réduit la volatilité. Ainsi, une hausse de 0,1 % de la vente à découvert sur un titre en réduit de 5 % la volatilité ». En les supprimant et en changeant les règles en pleine tempête, les politiques pourraient donc avoir accru, et non réduit, la volatilité. Ils devraient aujourd’hui s’en souvenir avant d’évoquer une nouvelle fois des liens imaginaires...

 

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