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Pétrole, un excès (rédigé le 03/12/2008)

(03/12/2008) Si la flambée des cours du pétrole (non, vous n’avez pas rêvé, le baril valait bien 147 $ au cœur de l’été) a menacé, un temps, l’équilibre de l’économie mondiale, la dégringolade actuelle pourrait avoir des répercussions tout aussi négatives à moyen et long terme. Explications.

Après avoir craint une rupture d’approvisionnement en or noir voici encore quatre mois, les analystes du secteur pétrolier redoutent désormais que la demande ne suffise plus à écouler l’offre. La multiplication des indicateurs pointant en direction d’une récession dans les pays développés les incite en effet à réviser en baisse les estimations de la demande. L’Agence internationale de l’Énergie (AIE) a ainsi indiqué qu’elle tablait sur une hausse de 0,1 % de la consommation mondiale cette année. Il s’agirait là tout simplement de la plus faible croissance annuelle depuis 1985. Pour 2009, et si l’AIE évoque encore une hausse de 0,4 %, certains n’hésitent plus à parler de contraction, ce qui n’est pas arrivée depuis un quart de siècle. Un tel scénario n’est pas sans conséquence dans le secteur de l’énergie. Si les compagnies voyaient nombre de projets devenir rentables avec la hausse des cours, l’effet inverse est tout aussi vrai. De fait, les réductions d’investissements sont à l’ordre du jour. Une quarantaine de projets a d’ores et déjà été « reportée » depuis l’été. 

Le problème des compagnies pétrolières est qu’elles tendent à établir leur stratégie de long terme sur la base de données de court terme. Ainsi, peu importe que la tendance « naturelle » soit à la raréfaction des ressources énergétiques, la faiblesse actuelle des cours représente, à brève échéance, une menace pour la rentabilité de leurs investissements. Dans le contexte actuel, la plupart d’entre elles réduisent donc la voilure. Comme l’a souligné Christophe de Margerie, le directeur général de Total, une telle attitude compromet pourtant les perspectives de développement. Dans ces conditions, « le repli des cours du pétrole commence à être dangereux », a-t-il ainsi ajouté. Concrètement, un baril de pétrole valant entre 80 $ et 100 $ satisferait les compagnies pétrolières. Ce n’est pas un mystère : le pétrole encore exploitable sur la planète est plus difficile à extraire, ce qui augmente mécaniquement le prix de revient. Par le passé, les compagnies pouvaient ainsi se contenter d’un baril à 40 $. Dans les pays du Golfe, le plancher semble également atteint : les budgets des pays producteurs ne sont viables que si les cours sont supérieurs à 50 $. Fondamentalement, l’orientation du baril de pétrole redeviendra positive lorsque les investisseurs seront prêts à anticiper une amélioration de la conjoncture. Au-delà des considérations économiques, la tendance reste porteuse, notamment soutenue par l’essor des pays émergents. Mais là encore, cette tendance de long terme « n’excite » plus les foules, du moins actuellement.

Vous le savez, nous n’avons cessé avant l’été de vous avertir de l’imminence d’un retournement des cours du pétrole. La bulle spéculative devait exploser, ce qu’elle a fait. Cette fois-ci, l’excès est inverse. Les prévisions des analystes en la matière ne valent pas grand-chose :
ils se contentent de faire de la surenchère sur la tendance, autrefois à la hausse, maintenant à la baisse. Établir un objectif chiffré reste de toute manière illusoire. Selon nous, il est en revanche indéniable que les cours offrent désormais un potentiel d’appréciation.


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