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Emergents : des risques à considérer (rédigé le 31/10/2017)

Après avoir été frappés de plein fouet par des vents contraires au cours des dernières années, les marchés émergents redressent la tête depuis plusieurs mois. Ainsi sur 2017, l’indice MSCI Emerging Markets gagne près de + 23 %, soit deux fois plus que la performance du CAC40 (hors effets de change). Le contexte est donc redevenu favorable pour cette classe d’actifs. Et pour cause puisqu’ici comme ailleurs, les fondamentaux se seraient améliorés. Ainsi de la croissance, qui évolue sur une pente ascendante. Dans cette zone de la planète, le Fonds monétaire international (FMI) table sur une hausse du Produit intérieur brut (PIB) de + 4,5 % en 2017 et de + 4,8 % l’année suivante. La croissance y deviendrait par ailleurs plus «mature» avec une consommation interne en hausse constante, portée par une classe moyenne qui se développe.

 

Ce rééquilibrage rendrait les pays émergents moins « cycliques », d’autant qu’ils seraient parvenus à engranger des réserves de devises significatives à même d’être utilisées en cas de coup dur. La stabilisation des prix des matières premières serait là encore un élément porteur, tant pour les pays producteurs (qui retrouvent un peu de latitude) que du côté des nations importatrices (la hausse de leurs coûts d’approvisionnement reste finalement limitée). Enfin, l’affaiblissement du billet vert constituerait un autre élément positif alors que nombre de pays sont endettés dans cette devise.

 

Le risque du surendettement

 

Mais de ces éléments, il serait illusoire d’en faire une conclusion à portée générale. Car si les faits positifs doivent être rappelés, il convient dans le même temps de ne pas mésestimer (ou taire) ceux qui le sont moins. Et il est inutile de tergiverser, les marchés émergents restent risqués, voire très risqués. Personne ne devrait investir sur la Chine ou l’Inde comme sur la Suisse ou les Etats-Unis. Les économies émergentes sont en effet «en transition». Et elles restent fragiles, pour des raisons qui leur sont propres et pour d’autres qui s’avèrent plus exogènes. L’endettement de ces pays est à notre sens un élément central. Celui du Brésil dépasse par exemple 75% de son PIB, celui de la Chine s’approche des 90% (en intégrant le passif des entreprises publiques) tandis que la Russie fait pire encore avec une dette (en intégrant celle des entreprises publiques et des entités régionales) qui dépasse les 100% de sa richesse produite chaque année. L’Inde affiche quant à elle un taux de dette publique de 65%. Et en Afrique, 11 des 35 pays à faible revenus sont classés comme étant à haut risque de surendettement avec une moyenne de l’ordre de 50 % du PIB. Or, faut-il rappeler que tous ces pays n’offrent pas les standards d’un Etat providence tels que nous les connaissons, lesquels pourraient expliquer de tels ratios ? 

 

Mais revenons plus spécialement sur la Chine car il est cette fois reconnu par tous les économistes qu’un atterrissage «non-contrôlé» de son économie aura des répercussions sur toute la région en premier lieu, et sur le reste du monde par la suite. Au cours des neuf premiers mois de l’année, l’endettement de l’ex-Empire du Milieu a augmenté plus que celui des Etats-Unis, du Japon et de l’Union européenne confondus. Selon les données compilées par Bloomberg, 60% des valeurs de l’indice boursier Hang Seng ont fait état d’une croissance de leur résultat inférieure à celle de leur coût en capital, tandis que les entreprises incapables de payer leurs intérêts avec leurs profits pullulent (la somme des actifs concernés dépasse les 450  Mds  $). Comment expliquer que ces données, certes mal documentées, ne soient pas considérées ? Et que l’engouement pour les émergents se poursuive ?

 

Toujours les politiques monétaires

 

Parce qu’il est des émergents comme des pays matures, dans le sens où les politiques monétaires ultra-accommodantes ont bouleversé la donne, réduit la vision des investisseurs et changé le plomb en or, dans quelques cas extrêmes. Les flux d’investissements, liés directement ou indirectement à la création monétaire de la BCE, de la Fed de la Banque du Japon et de la Banque d’Angleterre, inondent la région depuis maintenant de longues années. Ces pays offrent, il est vrai, des conditions supérieures à celles des pays matures en termes de rendement obligataire. Les flux vers les marchés émergents sont ainsi redevenus positifs depuis 2016 (44  Mds $) et ont fortement augmenté en 2017 (136 Mds $), alors que les investisseurs s’étaient retirés de ces marchés dans l’anticipation d’un relèvement inattendu des taux d’intérêt américains (souvenez-vous ainsi du mois de juin 2013 et de la déclaration de Ben Bernanke, alors Président de la Réserve fédérale). Alors que nous nous orientons vers un resserrement des politiques monétaires aux Etats-Unis comme en Europe, des sorties de capitaux commencent d’ores et déjà à se matérialiser (un tracker émergent commercialisé par BlackRock a ainsi subi une sortie inédite de 218 M $ sur la seule journée du 27 octobre...). Notons enfin que le différentiel pourrait encore se réduire entre le rendement des émergents et celui des obligations américaines alors que plusieurs banques centrales émergentes ont abaissé leur taux tout récemment.

 

La Fed et la BCE vont prendre leur temps dans leur resserrement monétaire, si bien qu’il n’y a aucune urgence à sortir des émergents : tel est le sentiment actuel des investisseurs. Attention toutefois à ce que les souhaits de ces derniers ne prennent le dessus sur la réalité (souvent contraire), et que la recherche de quelques points de performance ne les expose à de grands risques. 


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