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Obligataire : oui, il s'agit d'une bulle (rédigé le 21/05/2013)

Depuis la première déflagration de la crise économique et financière apparue en 2007, il ressort que l’excès de dette est à la source de tous nos maux. Le trop lourd passif des ménages américains a conduit à la crise des subprimes, le surendettement des Etats a provoqué la très justement nommée « crise des dettes souveraines » et l’irrationalité des établissements financiers dans leurs émissions de crédits et l’utilisation de l’effet de levier a provoqué la crise du secteur bancaire. Face à cet excès de dette et aux conséquences désastreuses qui y sont liées, quelle a donc été la réaction des responsables politiques et monétaires ? Relancer l’appétit des investisseurs pour les obligations afin de créer encore plus de dettes. Le plan fonctionne, il faut l’avouer, à merveille. Mais faut-il s’en réjouir ?

 

La peur d’un credit crunch

 

Lorsque la crise a éclaté, tous les observateurs n’ont eu de cesse d’évoquer la dépression des années 1930 et le fameux krach de 1929. Leur réflexe a ainsi été de se tourner vers ce triste épisode pour éviter que ne soient rééditées les supposées erreurs commises à l’époque. La Réserve fédérale avait alors choisi de relever les taux pour protéger le dollar avant finalement d’opérer une détente monétaire. Le Président actuel de l’institution, Ben Bernanke, a de fait choisi de faire l’inverse pour éloigner les craintes d’un credit crunch (pénurie brutale du crédit). Une fois que les taux ont atteint un plancher, il est même allé plus loin en lançant plusieurs programmes d’assouplissements quantitatifs consistant à acheter des obligations publiques et donc à accroître le bilan de la banque centrale. Dans la foulée, les deux autres grands argentiers de la planète, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ), sont également sortis de leur rôle premier pour « forcer » l’offre de crédit. à tout prix. D’une situation où les investisseurs étaient pris de panique à la vue des montagnes de dettes amassées à travers le monde, nous avons ainsi basculé dans une sorte de monde parallèle où les liquidités abondent et où les émissions de dettes trouvent preneurs à des taux toujours plus bas.

La haine d’hier s’est ainsi transformée en passion. Mais l’irrationalité reste bel et bien la ligne directrice...

 

L’illusion de l’argent gratuit

 

La détente généralisée sur les taux d’intérêt est l’œuvre des banques centrales qui ont voulu envoyer comme message que l’argent ne manquerait jamais et qu’il était donc inutile de s’inquiéter. Si leur action a permis de calmer, pour l’instant, les tensions sur les marchés, a-t-elle pour autant servi à quelques chose sur le plan fondamental ? Le temps ainsi gagné a-t-il permis aux états de se désendetter ? Absolument pas. Que les pays aient fait le choix de repousser les efforts à plus tard pour soi-disant soutenir l’économie (comme les états-Unis) ou qu’ils aient drastiquement augmenté la pression fiscale pour remplir les caisses (comme en Europe), aucun d’entre eux n’est parvenu au sein du monde occidental à inverser la courbe de l’endettement. La situation a de fait empiré. Si l’on garde en mémoire que ces émissions de dette publiques sont toujours logées dans les bilans des banques, dans les contrats d’assurance-vie ou encore dans les caisses de retraite, la situation n’a guère évolué, si ce n’est que le passif des banques centrales a gonflé. Las de placer à des taux réels négatifs l’argent gratuit qui leur est ainsi distribué, les investisseurs ont eu pour réflexe de chercher le rendement. Ils en arrivent ainsi à acheter des obligations jugées « spéculatives », non pas sur la foi des fondamentaux mais simplement parce qu’il faut bien trouver des placements plus rémunérateurs. Les entreprises ont bien compris qu’une asymétrie prenait forme. Celles qui n’ont pas besoin de fonds empruntent tout de même sur les marchés pour profiter de l’aubaine. Celles dont la situation est tendue se refinancent quant à elle sans difficulté à des taux très attractifs. La part des émetteurs en catégorie « spéculative » représente désormais 32 % des émissions, contre 16 % en 2009 ou 21 % en 2006 (année de croissance). Dans le même temps, les agences de notation ont opéré en 2012 trois fois plus d’abaissements de notation que de relèvements. Et pour cause, le nombre de défauts est reparti à la hausse tandis que le contexte économique demeure morose.

 

Ce qui se déroule sur le marché obligataire doit vous inciter à rester à l’écart. Le couple risque/rendement est tout simplement aberrant.


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