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Guerre des changes : un risque (rédigé le 29/01/2013)

Incapables de mettre en œuvre les conditions nécessaires à une amélioration durable de la conjoncture et d’en attendre les effets, les dirigeants des grandes puissances économiques continuent de privilégier le courtermisme. Dans de nombreux pays en effet, les gouvernements estiment qu’il convient de faire baisser le niveau de la devise nationale pour regagner en compétitivité, relancer les exportations et s’engager dans un cercle vertueux de croissance (nous sommes confrontés au même raisonnement qui justifiait les dévaluations dites «compétitives»). S’il ne s’agit pas de dévaluer de manière assumée et ouverte, il est question de tout faire en sorte pour affaiblir sa propre monnaie (moindre indépendance des banques centrales, modification des objectifs de cette dernière visant à lui faire perdre en crédibilité et réputation, déclarations politiques, etc.). Si ces pratiques ne datent pas d’aujourd’hui, il convient toutefois de constater qu’elles ont actuellement le vent en poupe.

 

Une stratégie globale

 

Depuis plusieurs années, les Etats-Unis et le Royaume-Uni tentent, souvent avec un succès certain, de manipuler les taux de change, tout en se défendant, bien évidemment de tels agissements (les mesures d’assouplissement quantitatif ont pour effet collatéral de faire baisser leur devise). Ce «club» s’est agrandi avec la Chine, dont le yuan est arrimé au dollar malgré quelques timides évolutions, et désormais le Japon suite à la nomination de Shinzo Abe à la tête du pays. Ce dernier a lancé une véritable OPA sur la banque centrale qui s’est de fait engagée à créer de la monnaie de manière expansive. La Suisse a également dû mettre en place des pratiques visant à stabiliser sa devise sur des niveaux peu élevés. Il est vrai que le franc suisse est très recherché dans un environnement économique marqué par l’instabilité. La Banque centrale européenne (BCE), malgré ses dénégations et son orthodoxie, ne serait d’ailleurs pas exempte de quelques arrière-pensées en ce sens, comme en témoigne le rappel à l’ordre opéré par le président de la Bundesbank. Il est du reste presque inutile de vouloir montrer certains pays du doigt. Comme l’affirme ainsi David Bloom, responsable mondial de la stratégie sur les changes chez HSBC, «tous les pays, même ceux qui sont partisans d’une politique de changes flottants non interventionniste, ont eu recours à des mécanismes conçus en partie pour influer sur leur monnaie». Nous le voyons, la monnaie reste encore et toujours «la chose du prince», malgré les gages d’indépendance accordés aux banques centrales, indépendance à laquelle nous n’avons d’ailleurs jamais cru.

 

L’euro, victime de la guerre des changes ?

 

Les économistes sont unanimes : une guerre des changes ouverte est très risquée. Elle conduirait en effet à l’appréciation des monnaies les moins manipulées, à une perte de crédibilité des politiques monétaires et créerait une dépendance à ce type de manœuvres à un horizon finalement assez proche. Les banques se trouveraient dès lors gorgées de titres très sensibles à toute hausse des taux, ce qui fragiliserait encore un peu plus l’édifice. Par ailleurs et pour ce qui est cette fois de l’euro, le risque principal est de voir la monnaie commune poursuivre son appréciation initiée en juillet 2012 à mesure que le scénario d’un éclatement de la zone perdait en intensité. La seconde zone économique de la planète pourrait dès lors s’enfermer dans la récession : une monnaie qui s’échangerait durablement au-dessus de son niveau dit «fondamental» déprimerait en effet les exportations en provenance du Vieux Continent. Et l’Europe d’être au final le dindon de cette «farce» monétaire. Avant que tous les pays n’en pâtissent, à plus long terme.

 

A n’en pas douter, le débat sur le niveau de l’euro va se poursuivre entre les dirigeants européens. Les Allemands pourraient se trouver finalement assez seuls à vouloir préserver l’orthodoxie actuelle si la guerre des changes était effectivement déclarée. Disons qu’il s’agit pour l’heure plus d’un risque que d’une certitude.

 

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