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Le dollar trouble le jeu (rédigé le 08/04/2016)

Décidément, rien n’est jamais acquis sur les marchés financiers. En début d’année, si les stratèges et économistes avaient bien une conviction forte, c’était celle d’une poursuite de la hausse du dollar. Or, que constatons-nous au terme du premier trimestre 2016 ? Le billet vert a reculé de près de 5 % face à l’euro. Sur le seul mois de mars, il s’est même dévalorisé de 5,5 % face au panier des principales devises émergentes, lesquelles enregistrent leur meilleure performance en dix-huit ans. Comment un tel tournant a-t-il pris forme ? Quelles en sont les conséquences ?

 

La Fed prend peur

 

Depuis le printemps 2014, la force du dollar a constitué un lourd handicap pour les entreprises américaines. L’impact négatif des changes a en effet été sensible au niveau de la rentabilité des sociétés présentes en Europe et en Asie. Une grande majorité de celles composant le Standard & Poor’s 500 se sont plaintes de ce phénomène. Et force est de constater qu’elles ont été entendues... par la Réserve fédérale. Dans un environnement économique très incertain – l’ampleur de la crise chinoise demeure mal appréhendée –, la banque centrale américaine a pris peur. Elle estime qu’il est de son devoir de ne pas jeter d’huile sur le feu en rognant la compétitivité des sociétés américaines. Pour éviter un tel dérapage, elle a donc opéré un revirement stratégique en déclarant que son resserrement monétaire suivrait « une trajectoire un peu plus basse [...] que ce qui était anticipé en décembre ». La présidente de l’institution dit vouloir agir avec prudence, ce qui rend mécaniquement le dollar moins rémunérateur et donc moins attractif aux yeux des investisseurs.

 

Créer l’illusion sur les marchés

 

Lors des prochaines publications de résultats trimestriels, les groupes américains devraient d’ores et déjà révéler avoir bénéficié du retournement du dollar à la baisse. Il s’agit d’une véritable rupture après quasiment deux années marquées par le mouvement inverse. Concrètement, l’affaiblissement de la monnaie américaine va permettre de transformer un recul des profits du S&P 500 en une hausse. D’ores et déjà, les sociétés ayant un exercice décalé (avec un trimestre clos fin février), comme Oracle, FedEx ou encore Tiffany, ont largement battu le consensus.

Les autres grands gagnants de la consolidation du dollar sont les pays émergents. Le retour programmé d’une rémunération sans risque du billet vert avait incité les investisseurs à rapatrier aux états-Unis les capitaux placés dans les pays émergents, ce qui s’était traduit par une chute des bourses sud-américaines et asiatiques. Cette fuite des capitaux avait accentué la progression de la devise américaine et fait craindre une nouvelle crise financière dans les pays où l’abondance de billets verts s’est traduite, au cours des dernières années, par une course à l’endettement. En inversant la dynamique (selon les chiffres de l’Institut de la finance internationale, les flux vers les actions émergentes ont été positifs de 36,8 Mds $ en mars), la Fed repousse l’assainissement et entretient les bulles, ce qui revient à reculer pour mieux sauter.

 

Un alignement des planètes mis à mal en europe ?

 

De notre côté de l’Atlantique, l’offensive de la Fed est moins bien perçue. A en croire le consensus, la hausse du dollar face à l’euro faisait partie des trois éléments, avec la réduction des taux d’intérêt et la chute des cours du pétrole, capables de tirer l’Europe de sa léthargie. Logiquement, le retournement du marché des changes inquiète. D’autant plus qu’en 2015, et en dépit de l’alignement des planètes jugé idéal, les entreprises du Vieux Continent ont encore eu du mal à répondre aux attentes en termes de revenus et de bénéfices.

 

La stratégie de la Fed, visant à peser sur le dollar, fonctionne à court terme. Mais la banque a-t-elle un plan à plus longue échéance ? Nous en doutons. Le potentiel de baisse de la devise américaine apparaît limité au regard du laxisme affiché par la Banque centrale européenne et des difficultés économiques persistantes des grands émergents. Au final, il pourrait donc ne s’agir que d’une pause dans le processus de renchérissement du dollar.

 

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