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La crise monte d'un cran (rédigé le 03/11/2011)

L’annonce du sauvetage de la Grèce et plus encore de la zone euro et de notre devise commune n’aura finalement guère convaincu les investisseurs. Ceux-ci ont voulu y croire au lendemain de l’accord présenté comme historique (encore un... diront les esprits chagrins). Avant de s’intéresser un peu plus aux modalités de ce dernier, finalement très floues, excessivement complexes et ne permettant pas d’envisager une sortie de la crise qui nous emploie depuis maintenant deux ans et demi. Nous n’étions pas parmi les convaincus, comme vous avez d’ailleurs pu le lire dans le numéro 2490 des Propos Utiles (page 8). Les mesure annoncées rajoutaient de la dette à la dette, ou comment essayer de soigner le mal par le mal, et ne s’appuyaient sur aucun changement de paradigme (à quand la fin du keynésianisme, de l’étatisme et de l’endettement comme « facteur » de croissance à court terme ?). Bref, le logiciel utilisé restait globalement le même. Comme le soulignait le psychologue américain Abraham Maslow « tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu’un marteau ». Ce plan était donc selon nous voué à l’échec comme ceux qui l’ont précédé. Erreur de notre part toutefois, il n’aura pas été nécessaire d’attendre plusieurs mois pour que les investisseurs se rendent compte de son manque d’à-propos. Un jour aura finalement suffi. Voilà qui est court, mais que voulez-vous, les marchés apprennent vite, preuve s’il en est de leur efficacité supérieure... Rien n’a, il est vrai, fondamentalement changé pour la Grèce. La dette du pays croît plus vite que son économie, laquelle est d’ailleurs en récession depuis cinq années selon les derniers chiffres communiqués sur le sujet. Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) se voit affublée d’une responsabilité qui la dépasse : cette dernière est censée garantir les soi-disant 1 000 Mds € « placés » dans le Fonds européen de Stabilité financière (FESF), racheter (chuuuut...) des obligations italiennes et espagnoles et demain, pourquoi pas, prêter à un taux minimum des capitaux à l’état grec pour qu’il puisse payer les retraites et les salaires des fonctionnaires et ainsi éviter l’embrasement de plus en plus prévisible du pays. Mais au final, qui garantit la BCE, dont le bilan doit actuellement faire frémir les tenants d’une certaine orthodoxie en matière comptable ? Et bien tout simplement les contribuables de la zone euro, y compris ceux qui bénéficient de ses largesses actuellement, à savoir l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce. Les garants sont eux-mêmes les débiteurs : il fallait y penser...

 

Tout ceci aurait très bien pu passer inaperçu – au mieux pendant quelques mois – si le Premier ministre grec n’était venu semer le trouble en annonçait la tenue en janvier prochain d’un référendum. Il ne s’agit évidemment pas ici de critiquer ce référendum pour ce qu’il est, à savoir un témoignage de la souveraineté du peuple grec. Reste que Georges Papandréou a sur ce point joué un double jeu... Faut-il y voir une décision de pure politique intérieure ? Nul ne le sait, pour l’heure. Quoi qu’il en soit et alors que les sondages ne vont pas dans le sens d’un « oui » massif de la part des Grecs (reste malgré tout à connaître en détail la question qui sera posée), tout est remis à plat.

 

En d’autres termes et si cet appel au peuple est maintenu (ce qui n’est pas assuré), il semble certain que les banques exposées à la dette grecque ne vont pas effacer 50 % de leurs créances comme elle s’y étaient engagées sur une base volontaire et que le Fonds monétaire international (FMI) ne va pas prêter les sommes promises. Le plan de sauvetage entériné récemment est donc désormais caduc. Pire, la crise de la dette européenne monte d’un cran, comme en atteste l’évolution des taux italiens et français (voir page 11).

Pour les investisseurs que nous sommes, le contexte reste donc des plus délicats. Le marché devrait ainsi continuer de naviguer à vue dans de basses eaux. La vision court-termiste devrait nous inciter à privilégier le scénario avancé par les démagogues et certains investisseurs institutionnels : permettre à la BCE de battre monnaie sans limite (photocopier des billets semble plus correct...) et racheter par ce biais les obligations qui ne trouveraient pas preneurs, comme le fait la Fed depuis des années avec les résultats que l’on connaît (succession de bulles spéculatives, mauvaise qualité des investissements, etc.). C’est la direction qui pourrait être empruntée, malheureusement. L’aléa de moralité, comme le disent les assureurs, serait alors à son comble : pourquoi mettre un terme à l’endettement endémique des états au risque de provoquer le mécontentement de la population alors que leurs obligations trouveront toujours preneur ? Et, à plus long terme, comment ne pas envisager une remontée brutale du taux d’inflation (3 %, déjà, en zone euro) ? Celle-ci aurait évidemment pour conséquence d’abaisser mécaniquement l’endettement des états, comme nous l’avons souligné il y a de cela plusieurs années. Les perdants seraient alors les épargnants, ceux qui ont justement considéré que les politiques suivies les obligeaient à des sacrifices en termes de consommation présente.

 

Le pire n’est jamais sûr, mais compte tenu du contexte, ces hypothèses se doivent d’être portées à votre connaissance. Comme doivent l’être d’autres éléments positifs (fort heureusement) qui concernent les entreprises (voir Propos Utiles n° 2491, page 5).

 

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