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Crise : la solution passera par la BCE (rédigé le 23/11/2011)

«Cela fait maintenant plus d’un an et demi que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a été lancé dans le cadre d’un programme s’élevant à 750 Mds € et cela fait quatre semaines qu’un accord a été conclu sur l’optimisation des ressources du FESF. Où est la mise en œuvre de ces décisions de longue date ?». Cette déclaration de Mario Draghi, le nouveau président de la Banque centrale européenne (BCE), laisse transparaître un certain agacement face à l’incapacité des européens à élaborer un plan suffisamment crédible pour qu’il soit mis en place. Quiconque a suivi le feuilleton du «sauvetage» de la zone euro au cours des derniers mois ne pourra d’ailleurs que partager ce sentiment. Alors que l’Italie vacille, la zone euro fait encore et toujours la démonstration que la mésentente politique au sein de l’Union prime sur l’urgence économique et financière.

 

La BCE assure l’intérim

 

Dans ce contexte, la BCE tente de colmater les brèches en achetant sur le marché secondaire des obligations souveraines, principalement espagnoles et italiennes à l’heure actuelle, afin de peser sur les taux d’intérêt des pays emprunteurs et pallier le déficit d’acheteurs. Depuis mai 2010, la banque centrale a ainsi acquis pour 187 Mds € de dette. Reste que les Allemands demeurent hostiles à ce que l’institution basée à Francfort sorte ainsi de son rôle. Le retrait d’Axel Weber de la course à la présidence de la BCE puis la démission de son économiste en chef, Jürgen Stark, ont illustré cette opposition. Un article du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung a par ailleurs révélé que la BCE aurait instauré un plafond secret pour ses achats hebdomadaires d’obligations des pays de la zone euro, fixé pour le moment à 20 Mds €. Cette mesure vise bien évidemment à calmer nos voisins d’outre-Rhin.

 

Un FESF sans moyens

 

Mais le FESF, avec les moyens qui sont les siens, peut-il réellement entrer en action ? Voici quelques jours, l’organisme a cherché à lever auprès des investisseurs internationaux 3 Mds € remboursables dans dix ans. Ses responsables ont ainsi fait le déplacement en Asie pour tenter de convaincre les autorités chinoises et japonaises de souscrire à cette émission d’obligations. Effrayées par la piètre image offerte par les Européens, celles-ci n’ont apporté que 2,7 Mds €, contraignant le FESF à acheter 100 M € de ses propres obligations... Si le fonds, dont les réserves ont fondu après les premières aides apportées aux pays en difficulté, peine à lever de si faibles montants, on voit mal comment il pourrait constituer la pierre angulaire du sauvetage de la zone euro en 2012. Pour mémoire, l’Italie doit lever 300 Mds € au cours du prochain exercice...

 

Un nouveau montage

 

Pour résumer, il apparaît donc que le FESF a le droit de prêter aux pays européens incapables de se financer sur les marchés financiers... mais qu’il n’en a pas les moyens. A l’inverse, la BCE a des ressources théoriquement illimitées (elle détient le monopole monétaire) mais elle n’a pas le droit d’acheter directement les émissions de dettes des pays de la zone euro. En agissant de la sorte, elle deviendrait le prêteur en dernier ressort et ferait marcher la planche à billets, ce qui la ferait sortir de son rôle, au grand dam des Allemands. Le risque serait en effet de voir la BCE financer des états qui se verraient ainsi libres de repousser tout effort budgétaire. L’idéal serait donc de concilier les atouts du FESF et de la BCE, sans faire perdre la face à Berlin et sans donner carte blanche aux pays secourus. C’est ainsi que le projet d’un nouveau montage circule. Plutôt que de financer directement les états européens en difficulté, la BCE prêterait au Fonds monétaire international (FMI) qui mettrait en place des plans de sauvetage et de financement conditionnés à des efforts budgétaires. Selon l’article 23 des statuts de la BCE, cette dernière peut en effet « mener tout type de transaction bancaire en relation avec des tiers et les organisations internationales, incluant des opérations d’emprunt et de prêt ».

 

Cette nouvelle piste permet de mettre les pays en difficultés « sous tutelle » du FMI et de rassurer les Allemands. Sera-t-elle mise en place ? Il est trop tôt pour le dire. Une seule chose semble désormais inévitable : faute de prêteurs, la BCE interviendra, directement ou indirectement.


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