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Ayrault valide notre stratégie (rédigé le 10/07/2012)

Mardi 3 juillet, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a esquissé dans son discours de politique générale les grandes lignes de l’action qui sera suivie durant le quinquennat du président François Hollande. Son but ? « Relever dans la justice » un pays « affaibli » qui ploie sous une dette « inacceptable » de près de 90 % du PIB. Sur ce simple constat, le nouveau Premier ministre a bien évidemment emporté notre adhésion. Par la suite cependant, c’est à dire pour ce qui est des moyens mis en œuvre pour atteindre cet objectif, nous nous montrions alors beaucoup plus sceptiques, pour dire le moins. Les éléments communiqués alors et plus encore le lendemain à l’issue du Conseil des ministres vont assurément dans la mauvaise direction, et ce en les considérant dans le seul cadre de leur efficacité économique.

 

Un déni de réalité

 

La campagne électorale est finie, mais le gouvernement semble l’oublier... Ainsi et à l’occasion de son discours de politique générale, Jean-Marc Ayrault, tout en niant agir de la sorte, a évoqué l’héritage « sarkozyste ». Oubliant très vite la situation conjoncturelle qui fut celle du précédent quinquennat, le Premier ministre a fustigé l’augmentation de la dette de 600  Mds € imputable selon lui à la politique de l’ancien Président. Pour convenue que soit cette attaque, elle repose sur un postulat inexact : Nicolas Sarkozy n’aurait eu pour seul objectif durant ces cinq années que de réduire la fiscalité pesant sur les contribuables les plus aisés. Et le bouclier fiscal, malgré un coût purement comptable qui s’élèvera à 3,8 Mds € entre 2006 et 2012, d’être mis plus particulièrement à l’index. Les « cadeaux faits au riches » expliqueraient dès lors la situation de nos finances publiques. Voilà qui permet d’oublier les plans de relance d’obédience keynésienne mis en place par les gouvernements Fillon au moment où le nouveau pouvoir entend pourtant agir de la même façon (voir ainsi l’accent mis sur la croissance, laquelle ne saurait être pour les socialistes que la conséquence de nouvelles dépenses gouvernementales). C’est également mais surtout passer sous silence la charge de la dette héritée de près de trente années de gabegie. A mauvais constats, mauvaises solutions.

C’est ainsi que Jean-Marc Ayrault, fidèle au programme électoral du Président Hollande, entend ajouter 7 Mds € d’impôts supplémentaires aux 15 Mds € prévus par le précédent gouvernement, lequel faisait déjà fausse route. Les ménages paieront, et pas seulement les plus aisés même si pour ces derniers l’effort sera plus conséquent, ainsi que les entreprises françaises à la faveur d’un choc fiscal inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. Alors que la Cour des comptes estime incontournable une hausse de la TVA ou de la Contribution sociale généralisée (CSG) et que l’effort à fournir (comprendre, par les contribuables) s’élèvera à 33 Mds € supplémentaires en 2013, le gouvernement devrait relever une fois encore le taux de CSG, malgré les dénégations habituelles. Pour ce qui est des dépenses de l’état, le Premier ministre en appelle à la « maîtrise », se refusant d’envisager une quelconque baisse. Ainsi, les dépenses de la France n’augmenteront « que » de 0,8 % en volume et par an sur le quinquennat...

Le déni de réalité se poursuit, toute baisse des dépenses étant présentée comme un tournant vers la « rigueur », mot honni s’il en est par la classe politique française. Bien évidemment, il n’est nulle part question d’une adaptation de notre « modèle français » aux exigences d’un monde qui a évolué. Sur le sujet, nous ne nous faisions d’ailleurs aucune illusion...

 

Pour quelles conséquences ?

 

La consommation des ménages va immanquablement être affectée par ces dispositions. Quelques mesures censées gommer cette conséquence seront ou ont été prises, jusqu’à ce que leurs effets négatifs deviennent par trop visibles : hausse de certaines prestations sociales, développement des tarifs sociaux, gel des tarifications du gaz et des loyers... Les entreprises vont également devoir supporter de nouveaux impôts et des charges additionnelles, ce qui renchérira le coût du travail et aggravera un peu plus le déclassement de notre pays par rapport à la majorité de nos voisins et concurrents européens. Nul besoin d’être prophète : sans rebond de la croissance au niveau européen et mondial, le programme socialiste, en taxant l’initiative, le talent et l’ambition, entraînera hausse du chômage, baisse de l’activité, diminution des créations d’entreprises, faillite de nombre d’entre elles, baisse des rentrées fiscales ainsi que creusement des déficits. Les « riches », dont on dit au gouvernement qu’ils « n’ont pas participé jusque-là à l’effort collectif », risquent de voir leurs contributions augmenter plus encore jusqu’au déraisonnable (mais n’y sommes nous pas déjà ?). En l’espèce, le toujours plus conduit inévitablement au toujours moins. Et ce n’est pas là une nouveauté.

 

Notre stratégie validée

 

Cela étant rappelé, nous ne pouvons que constater que les mesures annoncées par le Premier ministre valident notre stratégie, telle qu’elle a été détaillée dans le n° 2519 de ces Propos Utiles. Revenons ainsi sur les éléments centraux de notre approche : internationalisation accrue de nos placements (le choc subi par les entreprises françaises va être important), accent mis sur les sociétés qui bénéficient d’un réel pouvoir de fixation des prix (l’innovation et la qualité des produits permettront de minimiser l’impact négatif des mesures les concernant), mise à l’écart des entreprises liées à l’état pour ce qui est de leur activité et de la fixation de leurs prix (le « quasi gel » des tarifs de GDF Suez n’est à notre sens qu’un début). Pour ce qui est des banques et compte tenu de l’annonce de la séparation des activités de détail de celles de l’investissement, nous gardons également le même cap, à savoir celui d’une sortie définitive de ce compartiment.

 

Pour rappel, nous prenons en considération ici le seul caractère économique des mesures annoncées. Les acceptions « morales » ou «  sociales » de celles-ci ne sauraient nous être opposées. Nous ne nous prononçons en effet pas sur le sujet. Mais affirmer que les dispositions programmées permettront de réduire les déficits ou de créer de l’emploi relève de l’imposture.

 

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