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Aéronautique civile, état des lieux (rédigé le 19/07/2016)

Alors que le salon d’aéronautique civil et miliaire de Farnborough (Angleterre) a ouvert ses portes, l’humeur des exposants reste au beau fixe. Le développement du marché des drones reste très bien orienté, les nouvelles applications spatiales (mini-lanceurs, microsatellites) constituent une nouvelle révolution pour le secteur tandis que les dépenses militaires des Etats continuent de croître (après avoir augmenté de 19 % au cours des dix dernières années). Nous évoquerons uniquement ici l’aviation commerciale et les deux géants du secteur que sont Airbus Group (ex-EADS) et Boeing.

 

Des prévisions révisées en hausse

 

Comme attendu, ces deux sociétés ont révisé à la hausse leurs anticipations pour le marché mondial de l’aérien. Airbus estime ainsi que la flotte d’avions à travers le monde devrait doubler dans les vingt prochaines années, pour passer de 19 500 appareils actuellement à plus de 40 000. « Sur le long terme, on constate que le trafic aérien double tous les quinze ans en dépit des grandes crises que peut connaître l’économie », expliquait à cet égard John Leahy, l’un des dirigeants de la société européenne. Ce dernier table désormais sur un marché de 5 200 Mds $ (prix catalogue), contre 4 900 Mds $ lors de sa dernière prévision. De son côté, Boeing a également ajusté ses anticipations. Et dans le même sens que son concurrent. L’avionneur américain, qui fête son centenaire cette semaine, estime ses prévisions de marché à vingt ans à plus de 39 600 nouveaux avions pour une valeur de 5 900 Mds $ (prix catalogue).

 

Des carnets de commandes au plus haut

 

Comment, en effet, ne pas faire preuve d’optimisme au regard des carnets de commandes qui n’ont historiquement jamais été aussi fournis ? à l’heure actuelle, et après un léger fléchissement l’an passé, ils représentent près de sept années de production, du jamais vu, pour une tendance, comme indiqué plus haut, toujours très positive. Ceux-ci portent sur la construction de 13 400 avions, dont 94 % pour Airbus et Boeing, indique le cabinet AlixPartners. Cette santé, presque insolente, s’appuie sur la progression constante du trafic aérien (+ 6,5 % en 2015, selon l’Association internationale du transport aérien), lequel a doublé, jusque-là, tous les quinze ans. C’est à cet égard chez les émergents, Asie en tête, que la hausse du trafic est la plus dynamique. Dans cette partie du monde, c’est une nouvelle frange de la population qui accède désormais aux voyages aériens. Par ailleurs, les compagnies aériennes ont retrouvé une certaine latitude financière suite à la baisse des prix du pétrole : leurs profits opérationnels devraient en effet atteindre 62,2 Mds $ en 2016, bien loin des 27 Mds $ de pertes de 2008. Elles sont ainsi en mesure de renouveler leur flotte d’appareils. Le développement des compagnies à bas prix (low cost) est également à rappeler dans ce qu’il convient d’appeler la démocratisation des voyages aériens.

 

Des éléments moins positifs

 

Pour répondre à la hausse de la demande, Airbus et Boeing ont été contraints de réaliser de très importants investissements afin d’augmenter leurs cadences de production. Et des tensions apparaissent à ce sujet. D’autant que certains équipementiers sous-traitants peinent à réaliser de tels efforts, ou n’en ont tout simplement pas les moyens, ce qui rallonge les délais de livraison. Par ailleurs, les dépenses engagées dans la construction de gros porteurs ont été conséquentes alors que la demande semble avoir du mal à suivre. Depuis 2010, la part de ces appareils n’a que très faiblement progressé dans les carnets de commandes (+ 10 %) par rapport à celle des monocouloirs (+ 124 %). Enfin et surtout, c’est l’état de santé de l’économie mondiale qui pose problème à ce secteur cyclique, (le fret étant en première ligne). A cet égard, et sans grande surprise, les regards se tournent vers l’Asie et plus particulièrement la Chine. Un trou d’air est-il possible et à même de bouleverser la tendance actuelle ? Nombreux sont les analystes à évoquer ce sujet, sans que ceux-ci ne parviennent toutefois à se départir de leur optimisme. Pour AlixPartners, une bulle pourrait porter sur un quart des commandes asiatiques. Mais en cas d’annulation de celles-ci, Boeing et Airbus devraient être en mesure de résister, affirme le bureau d’étude. L’atonie de la croissance mondiale reste l’élément clef du secteur. Ce qui explique sans aucun doute le parcours boursier en demi-teinte d’Airbus et de Boeing depuis le début de l’année (leurs actions respectives reculent de - 19 % et - 8,7 %).

 

L’optimisme des analystes du secteur tranche manifestement avec l’avis des investisseurs. Un certain nombre d’hypothèques pesant sur le niveau de la croissance mondiale se doivent d’être levées pour redonner de l’allant aux titres Airbus et Boeing. Nous reviendrons la semaine sur ces deux valeurs de manières plus précise.

 

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